Affaire du petit Marc : Je l'ai tué, je mérite la peine de mort

Ecrit par Julien Carpentier
Le procès des neuf personnes qui sont jugées pour avoir laissé mourir le petit Marc, dont le corps a été retrouvé le 25 janvier 2006 à Auby, s'est poursuivi hier avec l'examen de la personnalité de David Da Costa, le beau-père de l'enfant et principal accusé, qui a reconnu les faits qui lui sont reprochés.

Le médecin Christian Tirloy a parlé aux journalistes et raconté sa consultation du 30 décembre 2005, date à laquelle il a vu le petit Marc. Ça ne plaît pas à Luc Frémiot, l'avocat général : « C'est inacceptable de s'exprimer dans les médias avant d'être entendu par la cour (il le sera demain). La cour d'assises n'est pas un salon de thé ! » Le président Gasteau, lui, « vomit » le site Internet d'un journal qui propose un sondage sur l'opportunité du renvoi des médecins devant la cour. La journée commence bien.
Pour David Da Costa dont on doit évoquer la personnalité, la matinée commence bien aussi : « j'en ai rien à foutre ! Écoutez, je suis ici parce que j'ai tué un enfant. Je mérite la peine de mort ! » Il hausse le ton quand il dit ça, David Da Costa. Puis se calme quand le président Gasteau s'intéresse à son passé. « J'ai eu une enfance de misère, une misère de tout. » Un père alcoolique, des difficultés à l'école...
Un premier mariage avec une femme qui l'accuse aujourd'hui de l'avoir violentée, quatre enfants qu'il jure n'avoir jamais maltraités et... la drogue. Cocaïne, speed et héroïne : quatre ou cinq grammes par jour. « J'ai tout foutu en l'air, poursuit David Da Costa. J'étais toujours défoncé à la coke, à l'alcool... Depuis que je suis en prison, je vis avec Marc dans la cellule. Le petit François (le frère aîné de Marc) a dit que je l'avais tué, c'est la vérité. Je sais pas ce qui a pu se passer : l'alcool, la drogue, les nerfs... J'ai tué mon meilleur ami sans m'en rendre compte. »

Dans son box, Isabelle Gosselin, la mère, a arrêté de se balancer d'avant en arrière. La « mère poule » a même pris de l'assurance quand elle évoque la toxicomanie de David Da Costa et le fait qu'elle lui achetait parfois sa drogue ou une paire de baskets à 150 E malgré ses 700 E de salaire : « C'était sa façon de vivre. Je pensais que ça allait le calmer. » « Vous saviez que vous faisiez courir des risques à vos enfants ? », l'interroge Luc Frémiot. « Je suis désolée. » Le comportement d'Isabelle Gosselin change quand Floriane Galan, son amie et assistante maternelle (jugée pour non-assistance à personne en danger et non-dénonciation de crime), l'accuse en pleurs d'avoir laissé faire : « Tu sais comme Marc comptait pour moi ! » « Je sais, répond Isabelle Gosselin, en pleurs elle aussi. Je l'ai laissé mourir, je sais, j'ai rien vu... »
Émotion de courte durée. Le président : « Je n'ai pas bien compris, Mme Gosselin, vous n'avez rien vu ? » Elle rectifie : « J'ai vu certaines choses... » L'examen des faits est prévu aujourd'hui.

En attendant, les deux médecins ont déjà essuyé le feu nourri des attaques de Luc Frémiot et des interrogations lourdes de sens du président Gasteau. En ligne de mire, l'intervention d'une spécialiste de la maltraitance, citée par la défense des médecins : « Quand on sait à qui on a affaire, il est difficile d'être neutre, d'être objectif », explique le Dr Hochart. « Est-ce que le minimum du minimum, ce n'est pas que le médecin examine de façon consciencieuse et attentive ? », questionne le président. « Ça dépend comment le médecin est orienté », répond-elle.

Certificat
L'automutilation. Le 30 décembre, Christian Tirloy a signé un certificat, destiné à un confrère, en ces termes : « Nous vous adressons le jeune Marc avec hématomes et manipulations multiples. À noter que je connais la mère et que tout geste malveillant de la part des parents semble à exclure. » Une dernière phrase soulignée deux fois. « Le doute ne doit-il pas s'installer quand on reçoit un enfant qui porte des traces de coups et dont on dit qu'il s'automutile ? », lance Luc Frémiot.

L'automutilation encore. Cette excuse qu'a donnée immédiatement Isabelle Gosselin au médecin urgentiste qui a découvert le corps de Marc sous une couette le 25 janvier 2006 : « C'est impossible, témoigne le Dr Lecoeur. Je n'ai jamais vu autant de coups sur un corps. »