Dix-sept personnes comparaîtront finalement devant les assises.

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Douai a ordonné hier le renvoi devant le cour d'assises du Pas-de-Calais des 17 personnes mises en examen dans l'affaire de pédophilie d'Outreau, a-t-on appris de sources judiciaires. En février dernier, le procureur avait demandé un non lieu pour deux des 17 personnes : l'épouse d'un huissier- lui-même mis en cause - et le mari d'une boulangère, accusée elle aussi. Le tribunal n'avait retenu ce non lieu que pour ce dernier. L'avocat de l'épouse de l'huissier, Me Franc Berton, a examiné sa « totale incompréhension » sur la décision de la cour d'appel. « Dans le doute on préfère renvoyé tout le monde devant le juge, la chambre de l'instruction n'a pas voulu prendre de décision », a-t-il commenté. L'affaire de pédophilie d'Outreau avait débuté en janvier 2001 par des suspections de viols et agressions sexuelles aggravées sur une vingtaine d'enfants résidant dans la tour du Renard, un quartier déshérité de la ville. Confiée au commissariat local et à la police judiciaire de Lille, l'enquête aboutira à la mise en examen de 19 personnes. Depuis, l'une est morte et une autre a été déclarée folle. Reste donc 17 personnes suspectées d'avoir fait partie de ce réseau pédophile, qui a crée un véritable traumatisme dans la ville. Parmi elles figurent un chauffeur de taxi, une boulangère, un prêtre-ouvrier mais aussi des notables, dont le huissier susmentionné.

Procès en 2004
Après de nombreux rebondissements- évocation d'un réseau ayant des ramifications en Belgique, recherches du cadavre d'une fillette de 5 ans qui n'a jamais été retrouvé.-, l'instruction arriva à son terme. Mais le procès ne devrait pas se dérouler avant le printemps 2004 au plus tôt.

Outreau : dix-sept personnes renvoyées devant les assises.
Eric Maurel, le procureur de la république de Saint-Omer, sait qu'un gros travail l'attend à la rentrée. Il lui faudra organisé un procès hors du commun, qui nécessitera des aménagements exceptionnels et qui focalisera une attention toute particulière.
C'est une affaire quoi a démarré comme tant d'autres, avec des enseignants et des travailleurs sociaux, inquiets du comportement de quelques enfants d'une même famille. Signalement affreusement courant, a la suite duquel, la justice trouve des éléments accablants, qui débouchent bien vite, en janvier 2001, à une première vague d'arrestations. A ce moment là, une quinzaine d'enfants sont concernés et leurs témoignages font déjà froid dans le dos. Il y est question de viols et d'actes plus violents encore.

Deux « vagues »
La plupart des adultes mis en cause nient, mais la mère des enfants signalés à l'origine laisse entendre « que des actes auraient pu être commis par son conjoint », précise l'accusation. C'est d'ailleurs l'appartement de ce couple désoeuvré, au beau milieu de la tour du Renard, à Outreau, qui aurait été le théâtre de ces innombrables séances de viols collectifs. Au début de l'année 2001, neuf personnes sont tour à tour écrouées. Ce sont des couples habitants les appartements voisins ou des proches de la famille qui présentent tous les mêmes difficultés sociales.
Mais c'est l'automne de la même année que l'affaire voit une autre ampleur.
Soudain bavarde, la jeune femme, qui est un peu devenu le centre de l'instruction, donne de nouveaux noms. Cette fois, on n'est plus dans le cercle proche des couples démunis. On aurait plutôt affaire a un véritablement réseau dans lequel un huissier de justice et son épouse, un prêtre-ouvrier, un chauffeur de taxi et d'autres personnes encore, feraient figure de manipulateurs, profitant des besoins en argent des parents de leurs petites victimes.
Aux viols s'ajoute aussi la prostitution des mineurs et l'on parle encore de zoophilie, de cassettes qui auraient été filmées. C'est une deuxième vague d'arrestation qui concerne 6 personnes. Et dès ce mois de novembre 2001 les familles et les proches de ces nouveaux mis en examen s'indignent. Le travail du juge d'instruction est jugé trop parcellaire, des avocats affirment que leurs clients sont soupçonnés sur des charges bien trop faibles, que l'accusation ne tient pas. rien n'y fait.
Pire : au mois de janvier de l'année dernière, l'une des personnes misent en examen reconnaît subitement sa participation à certaines soirées et va même jusqu'à avouer qu'une petite fille d'une dizaine d'années y aurait trouvée la mort. C'est un pas de plus dans l'horreur mais aussi dans l'incompréhension. Quelques jours plus tard, après que les hommes de la police judiciaire eurent cherché le corps de cette victime virtuelle, la même personne dit devant le juge que tout cela n'est sorti que de sa volonté de démontrer que ce dossier ne tient pas la route.
Alors, les avocats de la défense ont beau jeu de crier à la parodie, de dénoncer des détentions abusives, de décrier un dossier mal ficelé.

Procès l'an prochain
Avec une belle unanimité, tous les avocats des personnes arrêtées de la « deuxième vague » s'indignent. « Dans le doute, il y a deux écoles », dit me Raphaël Tachon, avocat d'un jeune homme pour lequel un non-lieu avait été requis. « Soit on renvoi tout le monde et c'est la cour d'assises qui fait le tri, soit on enlève tout ce qui est douteux »