2 heures, ce matin : la cour d'assises rend son verdict
Ecrit par Valérie Brioux et Geoffroy Tomasovitch
Au terme de quinze heures de délibérations, les jurés ont pris leur décision : suivant les réquisitions de l'avocat général, ils ont prononcé dix condamnations et sept acquittements. Le procès s'était étiré pendant sept semaines.
APRES une interminable et angoissante attente ; le verdict est tombé ce matin à 2 heures. Thierry Delay, le principal accusé est condamné à 20 ans de réclusion criminelle, son ex-femme, Myriam Badaoui, auteur des principaux rebondissements au cours du procès, a été condamnée elle à 15 ans de réclusion criminelle. Egalement condamnés, David Delplanque et Aurélie Grenon, leurs voisins, Franck et Sandrine Lavier, Thierry Dausque, Daniel Legrand fils, Alain Marécaux, et enfin le prêtre-ouvrier Dominique Wiel. Franck Lavier, Aurélie Grenon et Dominique Wiel, qui comparaissaient libres, ont été immédiatement écroués après l'ordonnance de prise de corps à leur encontre. Le jury a acquitté Daniel Legrand Père, Odile Polvèche, Pierre Martel, Roselyne et Christian Godard, David Brunet et Karine Duchochois.
A l'annonce de la condamnation du prêtre-ouvrier Dominique Wiel, des huées et des pleurs se sont élevés parmi ses proches et les membres de son comité de soutien. Il faut dire que l'attente avait été particulièrement éprouvante pour tous. Comme Roselyne Godard, la boulangère, ils étaient douze à dire ne pas comprendre la raison de leur présence sur les bancs de cette cour d'assises du Pas-de-Calais, jugés pour des faits aussi graves que des viols collectifs de mineurs. Les sept semaines de procès auront, bien sûr, mis en évidence les lacunes d'un dossier et balayé la thèse du réseau pédophile international. L'affaire d'Outreau, aussi odieuse soi-elle, s'est avant tout nourrie des perversions de parents incestueux, les Delay-Badaoui, et d'un couple de voisins.
Comité de soutien
Le procès d'Outreau a révélé un « Tchernobyl judiciaire », selon les avocats de la défense. « Ces sacrifiés judiciaires serviront-ils à quelque chose ? » interroge Maître Dupont-Moretti , conseil de Roselyne Godard.
Peut-on confier au m^me homme, le juge d'instruction, le soin d'instruire à charge et à décharge ? » Quant aux experts, dont l'influence dans cette affaire a semblé disproportionnée, l'avocat les renvoie « à leur place ». Un procès s'achève, le débat, lui, n'est pas près de s'éteindre.
Hier soir, à 21h30, les abords du palais de justice étaient encore désertés par les proches des accusés mais déjà envahis par les avocats. Depuis 11 heures, déjà, les jurés délibéraient en secret. Sept femmes et deux hommes appelés à répondre à des centaines de questions. Un membre du comité de soutien de l'abbé Wiel faisait les cent pas devant le palais . « Dominique peut écoper de dix ans ou rien. On s'est pris tant de douches froides depuis trois ans. »
A l'écart des badauds venus attendre le verdict, la sour de l'huissier Alain Marécaux se laissait aller à quelques confidences. « Je viens de voir Alain. Il est consigné au tribunal avec les autres accusés.
L'ambiance entre eux est bonne. Ils discutent, évoquent même des projets communs. »
Entre ces hommes et ces femmes qui, pour la plupart, ne se connaissaient pas, « la solidarité dans l'adversité joue à plein ». « Ils jouent aux cartes », confie le compagnon de Karine Duchochois. En évitant d'évoquer leur sort.