Un empoisonnement ou un accident ?

En renvoyant Chadia A ; devant les assises pour empoisonnement, l'accusation suppose qu'elle voulait tuer Ming, son fils de deux ans, et savait qu'il agissait d'un cocktail mortel. Cette jeune toxicomane reconnaîtra lui avoir donné des cachets pour le faire dormir avant de se retracter.

« Ming a été désiré. Quand il est né, c'était le plus beau jour de ma vie. J'étais follement heureuse. »
A la barre, Chadia flotte dans sa veste grise. Elle n'a que 23 ans , en paraît facilement 10 de plus avec son visage aussi émacié que livide et sa silhouette d'une maigreur à  faire peur. Elle parle de Ming son petit garçon de deux ans qu'elle a trouvé tout froid dans son lit ce 8 janvier 2001.
Il était environ 14h. Chadia émergeait seulement après un soirée partagée avec son amie Sabrina et Wilfried, mi-copain mi-dealer, dans son appartement de Lille Sud. Ils ont pris un peu de tout ce soir-là . De l'héroïne, du Valium, du cannabis, du Rohypnol.un cocktail détonnant. « Mon bébé jouait dans sa chambre. Il est allé se coucher vers minuit ».
Comme incapable de prononcer le prénom de son enfant, Chadia commence par parler d'elle. Sa rencontre avec le père de Ming pour lequel elle va quitter le domicile familial, provoquant la colère d'un père très strict et de ses frères qui vivront ce départ comme un déshonneur. Mais comme le dira un expert psychiatre « elle a mal choisi ». Le père de Ming sortait de prison. Il y était déjà  retourné quand Chadia accouchera seule. « On se disputait tout le temps. Il faisait des conneries . Il se droguait », raconte aujourd'hui la jeune femme et c'est « pour le faire réagir » qu'elle commence à  son tour, à  prendre des stupéfiants. « Mais le piège s'est refermé sur moi ». la drogue l'a prise dans ses tenailles. Chadia a vite plongé.

(.) C'est pourtant pour empoisonnement que Chadia est jugée par la cour d'assises du Nord, un chef d'accusation qui suppose la volonté de tuer. Pourtant, dès l'ouverture des débats, le président Jean-Claude Monnier se demande si « la question de l'accusation est bien posée ». On a en effet bien du mal à  croire que cette jeune femme écrasée de culpabilité, de toute évidence détruite, aurait pu vouloir la mort de Ming.
Elle ne plaidera pourtant pas l'accident terrible et s'accroche aujourd'hui à  sa version. Non, elle n'a pas donné de cachets à  Ming pour le faire dormir et, si elle a avoué avant des se rétracter, c'est parce qu'elle était en état de fragilité devant les policiers qui l'interrogeaient. Un de ses deux défenseurs, Me franck Berton, ne cache d'ailleurs pas vouloir plaider l'acquittement.
Il est persuadé que ce n'est pas Chadia qui a fait prendre les cachets à  l'enfant. Dans l'appartement ce soir là , ils étaient trois et l'avocat menace de demander le renvoi du procès aujourd'hui si Wilfried, le copain-dealer, ne se présente pas à  l'audience. Pressée par le président Monnier, Chadia ne répond sur ce sujet que du bout des lèvres. « Je ne veux pas accuser sans preuves », mais si ce n'est pas elle, alors c'est qui ?

Si elle n'avait pas été toxicomane.
Pour Me berton, ce procès est aussi celui de « l'abandon ». Chadia est seule dans le box, comme elle était finalement seule pour tenter d'élever Ming. Lâchée par sa famille qui n'a pas supporté son départ, entourée de toxicomanes qui pensaient d'abord à  courir après leurs doses, sans aucun filet social autour d'elle pour mesurer le danger que courait l'enfant. « Et la justice se donnerait bonne conscience en disant qu'elle l'a tué ? », s'indigne d'avance son avocat.
Chadia, elle, n'accuse pas. Elle tente juste de réfuter l'accusation terrible qui pèse contre elle et écoute l'expert psychiatrique dire la seule certitude qu'on ait pour l'instant. « Si elle n'avait pas été toxicomane, son fils Ming ne serait pas mort ».