La jeune mère condamnée à cinq ans de prison dont deux avec sursis.

Le procès de la solitude aboutit à  un peine d'accompagnement

Le procès de Chadia A., accusée d'avoir empoisonné son fils à  Lille Sud en janvier 2001, a une nouvelle fois pris un caractère surréaliste hier. Après l'absence de deux témoins capitaux mercredi et l'apparition jeudi de l'un d'entre eux pourtant déclaré mort, la cour croyait être au bout de ses surprises.
Eh bien non ! Débutée avec retard, le procès avait été prolongé d'une matinée.qui s'est transformée en une journée : faute de réquisition écrite du parquet, l'accusée était coincée dans sa cellule de Loos.
A son arrivée vers 11 heures, l'avocat général Pierre Lecat voyait toujours un seul absent : Ming. « Ce joli petit garçon est mort dans l'indifférence, dans un lit d'une saleté repoussante. Ses ronflements, ses râles d'agonie, n'ont même pas alerté sa mère » Un réquisitoire poignant. L'accusée ferme les yeux, impassible dans son box. « On est loin de la belle histoire que veut nous faire entendre la défense. »
Pierre Lecat est convaincu de la culpabilité de Chadia : « Elle a avoué à  trois reprises le 22 mars 2001. » Ses dénégations actuelles ? « Une culpabilité qu'elle n'assume plus. » « Je ne viens pas vous dire qu'elle a voulu la mort de son enfant, ni qu'elle ne souffre pas de cette mort. ».
Il requiert la requalification de l'empoisonnement en administration d'une substance nuisible pour la santé et cinq années de réclusion criminelle. Grimaces sur les visages de certains jurés : la peine maximale encourue est de vingt années.

Débrouille toi !
Après une courte pause, Me Aurélie Deswarte prend la parole pour sa première plaidoirie devant les assises. Immédiatement, Chadia fond en larmes. Elle et son avocate sont devenues très proches. Me Deswarte compare l'itinéraire de Chadia à  celui de Patrick Dils, innocenté après des aveux. Pour Me Deswarte, Chadia est une « coquille vide » ; pour Me Berton, elle est « une femme murée dans une forteresse de chagrin et de souffrance », « une mère qu'on accuse du pire des crimes : avoir tué son enfant »
Et de riposter : « Ce n'est pas une belle histoire, mais une histoire sale, une histoire mauvaise que celle de Ming ». L'avocat évoque le père de Chadia qui attend dans la voiture, sa mère qui sanglote sur le banc et « qui n'a pas su protéger sa fille ». « C'est le procès de la solitude, celle de ce gamin mort dans son lit, celle de cette mère seule dans son box, celle de cette salle où les témoins venus hier ne s'intéressent même pas aux plaidoiries. ». Il dénonce l'absence de réactions chez la famille, les voisins, les associations de Lille Sud, les assistantes sociales : « C'était : débrouille-toi ! »
Me Berton s'attaque aussi à  la pièce maîtresses de l'avocat général : l'aveu.
« Elle avoue un demi-subutex et six mois plus tard, l'expert découvre une dose entre deux et quatre subutex.il y a un couac. » Il instille un doute dans l'esprit des jurés en répétant la déclaration évasive de Wilfried selon laquelle « il pense qu'il n'a pas donné les cachets ».
L'émotion monte encore d'un cran : « Le président a souvent dit que Chadia portera toujours son dramedans son cour. Je vous le dis : Laissez-la avec son cour. Acquittez-la ».
Les jurés n'ont pas suivi entièrement la plaidoirie. Ils ont choisi une peine pédagogique, un accompagnement : cinq années d'emprisonnement dont deux avec sursis et mise à  l'épreuve : celle de se soigner.