D'une existence toute tracée à une plongée dans le sordide.

« Ming présentait des ecchymoses, à  mes yeux plutôt évocatrices de coups que de chute ».
Cette phrase, lancée dès 9h par le médecin légiste, donne le la de la deuxième journée du procès de Chadia A., cette lilloise de 23 ans, accusée d'avoir empoisonné son fils de vingt-huit mois en janvier 2001. A-t-elle pu souhaiter la mort de son enfant ? A cette heure de la journée, la cour et les avocats de la défense, Me Franck Berton et Me Aurélie Deswarte, ignorent encore si les deux témoins fondamentaux qui font l'objet d'un mandat d'amener seront présents ou non.

En attendant leurs témoignages capitaux, la personnalité de l'accusée est au cour des débats. Avec son amie d'enfance, Chadia était considérée comme une petite crapule du collège . Une dérive à  laquelle mettent fin ses parents en l'inscrivant dans un établissement privé. CAP, première année de bac professionnel de secrétariat.Une rencontre suffit alors que pour s'effondre le fragile équilibre : Chadia croise par hasard son amie d'enfance dans le métro. Connaissant l'attirance de Chadia pour les Asiatiques, cette amie lui donne les coordonnées du compagnon de cellule de son concubin : Thierry.

Quand il est libéré, Chadia, 17 ans et demi, fugue avec lui. Après la naissance de Ming, elle sombre avec lui dans la toxicomanie. « Elle souffrait énormément de solitude, quasiment d'abandon. Son concubin passait son temps en prison », décrit une psychologue. Le père de Chadia jamais n'aura vu son petit-fils. « Il voulait pour elle un mariage arrangé comme moi avec lui », insiste la mère de l'accusée, qui voyait Ming en cachette.

Sur Wilfried, le fournisseur en médicaments et en drogue, Monia n'est pas tendre non plus : « C'est un cinglé drogué à  fond sans aucune morale. Il était amoureux de Chadia, mais Ming était de trop. » Ce Wilfried déclaré mort la veille, apparaît à  14heures dans la salle d'audience. Le toxicomane maigre dans son blouson kaki, semble avoir tout oublié. « C'est obligatoirement quelqu'un qui lui a donné les cachets. Mais ce n'est pas moi, ni mes deux copines. Enfin avec la drogue. »
Me Franck Berton creuse la brèche : « Vous lui auriez donné et vous auriez pu oublier ? Non, ça choque ! ». L'avocat fouaille encore. Le témoin résiste : « Je suis formel. je suis incapable de faire ça ! »
Entre ensuite Thierry, le père de Ming, encadré par deux policiers. En garde à  vue à  la mort de son fils, il est détenu au procès de sa femme. « C'est un peu ma faute tout ça. Je fais des bêtises, la drogue. » « Qu'est-ce que vous avez apporté à  Chadia », interroge Me Berton, « Rien que du malheur. »

De rencontre hasardeuse en mauvaises fréquentations, la vie de Chadia a basculé dans le sordide. Qu'est-cequi pourra l'aider à  vivre en être responsable ? Cette question souvent sur les lèvres du président Monier, les jurés se la poseront encore aujourd'hui. Une dernière fois.