« Je suis une mère indigne »
Il y a deux ans quasiment jour pour jour, Chadia A. signait une déposition qui allait la conduire droit en détention provisoire. Son fils de vingt huit mois, Ming, était mort le 7 janvier 2001, à Lille Sud, d'une overdose de Valium et Subutex.
Aveu terrible, le 21 mars 2001 : sa mère reconnaît lui avoir mis un valium et un demi-subutex dans la bouche. « Je voulais être tranquille pour taper une deuxième dose d'héroïne. Je ne savais pas qu'il allait mourir », déclare-t-elle aux policiers.
Hier, au premier jour de son procès devant la cour d'assises de Douai, où elle répond d'empoisonnement sur mineur, la jeune lilloise de 23 ans tient une toute autre version. « On m'a mis la pression lors de cette garde à vue, j'étais la coupable idéale », explique posément l'accusée, vieillie avant l'âge. Des deux témoins qui devaient servir la défense, aucun n'est présent. Thierry, le père de Ming, est détenu à la prison de Gand tandis que Wilfried, le fournisseur de drogue du jeune couple de toxicomanes, est dans la nature. Sur demande de Franck Berton, excédé, la cour lance deux mandats d'amener à l'encontre des absents avant d'entamer l'instruction.
La jeune femme brune, à la maigreur presque fantomatique, raconte posément son histoire. « Thierry, c'est mon premier grand amour, entame-t-elle. Il m'avait dit qu'il arrêterait ses conneries. » En août 1998, un an après avoir quitté le foyer familial dirigé d'une main de fer par son père, Chadia met au monde la petit Ming. « Malheureusement, son père n'était pas là au moment de l'accouchement. Il était en prison. »
Association fatale
Pour « faire réagir » dit -elle , un concubin qui multiplie les délits, Chadia l'accompagne dans la drogue. « Puis le piège s'est refermé sur moi .» Jusqu'à cette fameuse soirée du dimanche 7 janvier 2001. après une dispute, le vendredi qui précède, Thierry, parti pour acheter de cigarettes, n'est pas revenu. Sabrina, une amie, tient compagnie à Chadia. Arrive ensuite Wilfried, avec en poche de l'héroïne et une boîte de médicaments. « Une véritable armoire de pharmacie », selon le président Jean-claude Monnier. Pour une soirée entière de « défonce ». Dans la chambre d'à côté Ming joue, laissé à lui-même. « Vers minuit, il est allé se coucher tout seul. Il était cassé, très fatigué », a témoigné la mère. Le lendemain, vers 14h, à son réveil, Chadia, découvre le corps inanimé et froid de son bébé. « Je suis une mère indigne.si je m'étais levée de bonne heure, on aurait pu le sauver », lâche-t-elle à l'audience.
Depuis les faits, l'accusée est rongée par la culpabilité. « elle a perdu dix kilos à cause de son état dépressif », explique l'expert psychiatre. Il s'interroge sur « sa capacité, à l'époque, à élever un bambin de vingt-huit mois ». Une chose est sûre à ses yeux : « Si elle n'avait pas été toxicomane, son fils ne serait pas mort ». Il ajoute : « elle va devoir vivre avec ça ». Une première condamnation, en attendant celle d'aujourd'hui si l'affaire n'est pas renvoyée faute de témoins.