L'honneur bafoué d'un restaurateur de Saint-Omer

Ecrit par Didier Specq
Huit années d'enfer. C'est le délai imposé à un restaurateur de Saint-Omer, accusé de viols, pour être enfin innocenté. Alors qu'il vient d'être acquitté à Douai, la partie civile a pourtant réussi à interdire un reportage sur cette histoire.

C'est incroyable ! Mon client, qui a toujours clamé son innocence, a été acquitté par la cour d'assises la semaine dernière et, aujourd'hui encore, une chaîne de télé ne peut pas diffuser un film qui peut contribuer à sa réhabilitation ! Mais où va la liberté d'expression dans ce pays !
Ce sont les propos de Mc Franck Berton qui défendait le restaurateur de Saint-Omer.
Marc Bonnet, voici huit ans, tenait un restaurant très connu en plein centre de Saint-Omer : le « Petit Montmartre ». Un res- taurant fermé et revendu depuis...
Le 5 septembre 1999, une jeune fille de 17 ans, accompagnée de sa mère, dépose une plainte pour viols contre le restaurateur âgé à l'époque de 37 ans, l'accusant d'avoir abusé d'elle à plusieurs reprises, alors qu'elle effectuait un stage d'apprentissage dans le restaurant. Une première fois, le 22 juillet 1999, le restaurateur l'aurait emmenée en voiture dans la forêt de Clairmarais et contrainte à une fellation. Le lendemain, invoquant le « privilège du patron », il aurait renouvelé son forfait: Six viols au total, jusqu'au 23 août, où la jeune fille se confie à une tante. Le 25 août, le médecin du travail lui prescrit un arrêt et lui conseille d'en parler à sa mère et à son centre de stage. « C'est étonnant, ces gens qui sont au courant de viols, qui n'en parlent pas à la police et qui laissent même retravailler la jeune fille chez son bourreau présumé », ironise Me Berton.
La juge d'instruction, Frédéricque Beaussart, met le restaurateur en examen mais le laisse en liberté. Au terme de l'instruction, elle rendra un non-lieu.

Un argument à encadrer

La chambre d'instruction de la cour d'appel de Douai, présidée par Didier Beauvais, renvoie tout de même le restaurateur devant la cour d'assises avec, faute de preuves même indirectes, un argument (stipulé dans l'arrêt de renvoi) à encadrer : « Les déclarations de la victime ont toujours été mesurées et on ne voit pas pourquoi celle-ci aurait porté des accusations aussi graves à l'encontre de Monsieur Bonnet si les faits ne s'étaient pas réellement produits, l'expert qui l'a examinée ayant relevé qu'elle ne présentait pas de tendances à l'affabulation ». Admirable : si on ne voit pas pourquoi une jeune fille ment, c'est qu'elle dit sans doute la vérité...
Devant la cour d'assises de Saint-Omer, le restaurateur, arrêté à l'audience, prend quatre ans de prison le 8 décembre 2006. « A Saint-Omer, le fait que le père de mon client soit policier, à Calais, a sans doute joué bizarrement contre lui ; on a peut-être cru à un complot local », commente Me Berton.
A Douai, début décembre, cinq jours de débats fiévreux se déroulent en appel, à huis-clos, devant la cour d'assises présidée par Charles Pinarel. Cette fois, le restaurateur, défendu par Me Marie-Hélène Carlier et Me Berton, est définitivement déclaré innocent. Mais Me Berton fulmine encore : « La partie civile, à Saint-Quentin, a réussi à faire interdire un reportage diffusé deux fois sur France 5 les 26 et 30 novembre derniers ! Enfin une émission objective où d'ailleurs les partisans de la cause adverse s'exprimaient largement ! On ne pourrait plus rediffuser cette enquête avec sa conclusion : Marc Bonnet est innocent ! ». L'avocate de France 5 a d'ailleurs fait appel de cette décision saint-quenti- noise.