Une famille se déchire autour de funérailles

Ecrit par Virginie HEYSE
Le vendredi 13 mai, Amar B., un Lillois de 55 ans, rend l'âme au CHR de Lille après une longue bataille contre le cancer. Commence un conflit entre son épouse et ses trois enfants au sujet des funérailles. La dame affirme que son mari désirait être inhumé au carré musulman du cimetière de Lille-Sud. Les trois enfants soutiennent qu'il souhaitait être incinéré. La justice a dû trancher. Hier, le président Bouly de L'Hesdin, à la cour d'appel de Douai, a confirmé le jugement rendu par le tribunal d'instance, vendredi tard dans la soirée : Amar B. sera incinéré mercredi et ses cendres reposeront au colombarium de Saint-André.

La bataille d'attestations a fait rage entre l'épouse et les trois enfants d'Amar B. nés d'une première union. La dame, représentée par Me Xavier Labbée, brandit les témoignages de quelques fidèles de la mosquée de Lille-Sud, rue de Marquillies : son mari aurait fréquenté ce lieu de culte pendant les fêtes musulmanes. Pour Amar Lasfar, recteur de la mosquée, qui s'est déplacé devant les deux juridictions, cela signifie que l'homme est croyant. Par conséquent, Amar B. doit être inhumé, dans un linceul blanc et la tête tournée vers la Mecque. La religion musulmane affirme que l'enveloppe corporelle est un prêt accordé par Allah le temps de l'existence humaine. Atteindre à son intégrité, notamment par la crémation, c'est risquer de ne pouvoir accéder au paradis.

Combat religieux Me Franck Berton, l'avocat des trois enfants, riposte par d'autres témoignages qui présenteraient Amar B. comme un athée. L'homme n'aurait suivi aucun régime particulier durant son séjour à l'hôpital. Il aurait aussi réitéré à sa fille, présente à son chevet deux jours avant sa mort, son désir d'être incinéré. « C'est un combat religieux », plaide l'avocat. L'ar- gument qui fait mouche est sur un autre terrain : les époux ne vivent plus ensemble depuis près de trois ans et sont en instance de divorce. La juge d'instance Dagnaux a donc estimé que le lien de parenté le plus direct avec le défunt revenait aux enfarits. C'est donc à eux qu'elle a confié la tâche d'organiser les funérailles de leur père.
Hier, la cour d'appel a confirmé ce jugement pour une raison purement formelle. L'appel a été formulé trop tardivement. « Les textes ont été modifiés le 13 mai en faveur d'une procédure plus rapide : un fax suffit pour faire appel et cela dans les 24 h qui suivent la décision de première instance », explique M' Franck Berton. M' Xavier Labbée a interjeté appel hier matin. Trop tard. L'épouse peut se pourvoir en cassation, mais cette démarche n'est pas suspensive. Les funérailles d'Amar B. auront donc lieu mercredi.