Polémique sur une éventuelle incinération
Ecrit par D.S
Ambiance exceptionnellement dramatique, hier en fin de matinée, devant la présidente Marine Dagneaux, au tribunal d'instance à Lille. Il est vrai que le conflit est lui-même étonnant. Une procédure de référé d'heure à heure (extême-urgence) était d'ailleurs utilisée pour ce dossier exceptionnel.
Le 17 mai, au CHR de Lille à 17 h, Amar B., 56 ans et demeurant dans le quartier lillois de Wazemmes, meurt des suites d'un cancer. Amar B est français d'origine algérienne. Il est le père de trois enfants majeurs nés d'un premier mariage. Une procédure de divorce par consente mutuel est entamée avec sa seconde épouse, dont il semble être séparé depuis plus d'un an. Celle-ci défendue par Maître Xavier Labbée, veut que son mari soit enterré selon les rites habituels de la religion musulmane. Pour l'essentiel : dans un simple linceul et la tête tournée vers la Mecque.
Les trois enfants, défendus par Maître Franck Berton, affirment que leur père n'est pas religieux et qu'il souhaitait être incinéré. Or, l'islam estime qu'on doit enterrer au plus vite le cadavre et qu'ils es tout à fait anormale de toucher à l'intégrité du corps qui appartient à Dieu et qui n'a été que prête par lui.
Maître Xavier Labée résume la question ainsi « Madame la présidente, si vous laissez incinérer le corps, le défunt n'ira pas au paradis ». A l'appui de ses dires, Maître Labbée produit une série d'attestations affirmant que la personne décédée était toujours restée croyante. Amar Lasfar, le recteur de la mosquée de Lille Sud, était d'ailleurs venu hier matin. Il semble que le défunt fréquentait la mosquée de la rue de Marquillies, à Lille.
Un appel déposé
C'est la guerre des attestations car, en face, Maître Berton prétend, le contraire. On a même cherché à savoir si Amar B. mangeait du porc durant son séjour au CHR. La fille du défunt affirme que son père, sur son lit de mort et en présence de son beau fils gendarme, lui avait fait promettre de respecter ses dernières volontés. Parmi lesquelles celle d'être incinéré. « Il disait qu'après la mort il n'y avait rien de laisser quelque chose »., affirment en substance les trois enfants.
Problème : le père n'a pas laissé de traces écrites de ses dernières volontés. « Ce ne sont pas des religieux qui doivent décider dans une enceinte de la République. » estime Maître Berton. « Il suffit de l'enterrer selon le rite musulman car la mise en terre, dans le doute ne choque personne. » objecte Maître Labbée.
La présidente Dagneaux s'est donné quelques heures de réflexion et, hier soir, a rendu publique sa décision. L'ordonnance de la magistrate donne raison aux trois enfants et à Maître Berton : grosso modo, dans la mesure o๠les deux époux séparaient, le lien le plus direct deviendrait celui du défunt avec ses trois enfants qui décident donc des funérailles. Conséquence : le corps devrait être incinéré.
Dans cette procédure très spéciale, Maître Labbée n'avait que 24 heures pour interjeter appel : hier, à 19 h, l'appel était déposé.