Mort depuis vingt jours et toujours sans funérailles
C'est aux alentours de 15h50 que le téléphone a sonné, hier. Sabrina, 23 ans, Malik, 29 ans et Linda, 26 ans, ont retenu leur respiration. Et reçu la mauvaise nouvelle, émanant de la première chambre civile de la Cour de cassation de Paris : l'incinération de leur père, décédé à Lille il y a vingt jours, devra encore attendre un nouvel examen.par la cour d'appel de Paris. « Au début, c'était de l'incompréhension. Puis de la révolte. Là , on en a vraiment ras-le-bol », soupire Sabrina, l'étudiante.
La scène se passe dans le bureau de leur avocat Lillois, Maître Franck Berton.Car dès le début, cette affaire intime et privée a basculé dans le feuilleton judiciaire, saupoudré d'une pincée d'intérêts religieux et d'interventionnisme politique.
« On en a marre »
Car les enfants contestent l'implication spirituelle de leur père. « Il était athée. Il y avait du jambon dans le frigo. Je lui versais parfois son petit whisky du soir, après le travail », raconte Linda. L'affaire arrive devant la présidente du tribunal d'instance de Lille qui, le vendredi 20 mai, donne raison aux enfants, considérés comme les plus proches parents. Pourquoi la crémation ? « Il en avait fait le vou, poursuit Malik. D'ailleurs notre père avait acheté une concession au columbarium de Saint-André, près de Lille, au moment du décès de notre grand-père, en 1988. C'et là qu'il doit reposer. »
Sauf que l'ex-épouse, Amina Ramdani, veut faire appel de la décision. Son avocat, Maître Xavier Labbée, doit intervenir dans les 24 heures mais trouve le tribunal portes closes le samedi 21 mai. La chose est faite dès le lundi. « Hors délai », selon la cour d'appel de Douai qui déclare donc la requête de Madame Ramdani irrecevable.
C'est cette décision qui a été infirmée hier par la Cour de cassation de Paris. Il faudra donc réexaminer l'affaire, sur le fond, dans le cadre d'un appel, à Paris et plus à Douai. Dés aujourd'hui ou peut-être demain. « On en a marre de se retrouver tous les deux jours devant un tribunal », résume Malik.
Un doute causé par l'appel puis le recours en cassation de l'ex-épouse, mais aussi par les éléments rassemblés par son avocat. Des témoignages évoquant une pratique religieuse du défunt, avec en prime un « avis religieux » du recteur de la mosquée de Lille Sud et président de la Ligue islamique du Nord, Amar Lasfar, certifiant qu'Amar Bergham était « un musulman », et ajoutant que « seule une autorité judiciaire musulmane dans un pays musulman doit définir et vérifier les causes de l'apostasie (abandon d'une religion) d'une personne ».
{{b}}Interférence{{/b}}
En clair, le politique et le religieux sont-ils venus interférer dans une affaire privée ? « On a fait du corps de mon père l'objet d'un débat. On voit apparaître des gens dont on n'avait jamais entendu parler », répond Linda. Maître Franck Berton complète : « Il n'y a pas eu d'interférence au sens strict. Mais nous avons vu s'élever des pouvoirs interventionnistes, religieux, municipaux. D'o๠le trouble, dans un Etat laïc ».
En attendant, la dépouille du défunt se trouve toujours dans la morgue d'une clinique lilloise, vingt jours après le décès. Ce qui, cette fois, ne correspond à aucune pratique funéraire vraiment digne.