La cour d'appel de Paris ordonne l'inhumation plutôt que l'incinération
Ecrit par D.S
Déception pour les trois enfants d'Amar Bergham et leur avocat Franck Berton. Au terme d'un marathon judiciaire entamé au lendemain du 13 mai, date du décès de leur père, la cour d'appel de Paris a ordonné hier l'inhumation d'Amar Bergham, donnant ainsi sa satisfaction à sa veuve et seconde épouse, tandis que les trois enfants d'un premier mariage lit souhaitaient l'incinération.
Cette décision ne constitue pas l'ultime étape d'un conflit familial, sur arrière plan religieux, qui a été traité sous différents aspects par le tribunal d'instance de Lille, la cour d'appel de Douai, la cour de cassation, le tribunal administratif, le juge des référés du tribunal de Lille et enfin la cour d'appel de Paris puisque Maître Berton a immédiatement fait savoir qu'il allait déposer un pourvoi en cassation. Cette démarche n'étant pas suspensive, l'inhumation peut théoriquement avoir lieu.
Témoignages
Amar Bergham devait-il être inhumé, conformément à la religion musulmane qui fut la sienne, ou pouvait-il être incinéré sous prétexte qu'il était devenu athée : les deux points de vue, à grand renfort de témoignages, se sont affrontés devant des magistrats qui ont successivement tranché en faveur de l'une ou l'autre thése.
Dans son arrêt, la cour d'appel a admis qu'Amar Bergham n'exerçait « pas une pratique régulière de la religion musulmane. » Tout en notant qu'il était « de tradition musulmane ». La cour a souligné que « rien ne permet d'affirmer qu'il en entendait rompre tous les liens avec ses traditions » ajoutant « que l'absence de respect de l'islam n'était pas déterminante ». Les juges ont considéré que M. Bergham n'ayant « pas fait le choix expressément et de manière certaine d'un mode de funérailles ayant un caractère irréversible violent et contraire à sa tradition », il convenait d'ordonner son inhumation.
Ultime volonté
Cette décision a soulevé l'indignation de Franck Berton, l'avocat des enfants, qui avait assuré qu'Amar Bergham avait acheté avec sa première épouse une concession au funérarium manifestant sa volonté de sa faire incinérer. « La décision porte atteinte à la liberté de conscience et de culte, elle considère que si l'on naît musulman, on meurt musulman, elle fait fi de la laïcité. »
Au passage, Franck Berton s'étonne de voir la cour d'appel de Paris « suivre à la lettre » l'avis religieux exprimé par Amar Lasfar. Celui-ci, recteur de la mosquée de Lille Sud et présidente de la ligue islamique du Nord, avait certifié qu'Amar Bergham était « un musulman » ajoutant que « seule une autorité musulmane dans un pays musulman doit définir et vérifier les cause de l'apostasie (abandon d'une religion) d'une personne ».
De son côté, Maître Xavier Labbée, conseil de seconde épouse de défunt qui était en instance de divorce avec celui-ci, considère que « la décision de la cour d'appel confirme la volonté nette du défunt d'être inhumé ». « La question de la religion n'a rein à voir dans le dossier, c'est le problème de la dernière volonté », plaide Maître Labbée. A l'entendre, cette dernière volonté n'a été exprimée par les enfants, ni par la seconde épouse, mais par la dernière compagne d'Amar Bergham.
La ville de Lille, qui après consultation du préfet et du procureur, avait suspendu l'incinération autorisée le 20 mai par le tribunal d'instance de Lille en raison l'appel engagé, a fait savoir hier qu'elle appliquerait la décision de la cour d'appel de Paris.