Incinération contestée,L'affaire se déplace désormais sur Paris
Ecrit par Didier Specq
Le 13 mai, à Lille, Amar Bergham, 56 ans, meurt à l'hôpital des suites d'un cancer. Depuis, la famille se dispute la dépouille mortelle de ce Lillois de Wazemmes, citoyen français et né à Montfermeil (Seine-Saint-Denis). Le père décédé n'a pas laissé de consignes écrites pour ses funérailles. Ses trois enfants majeurs, nés d'une première union et qui visitaient Amar Bergham régulièrement à l'hôpital, affirment que leur père, athée, voulait être incinéré. La seconde épouse d'Amar Bergham, qui ne l'avait plus vu récemment apparemment, assure le contraire : il était resté musulman et il doit être enterré dans un linceul blanc et la tête tournée vers la Mecque.
Mais l'épouse était séparée et en instance de divorce. Amar Lasfar, le recteur de la Mosquée de Lille Sud présent lors de tous les débats judiciaires sur cette affaire explosive, affirme par ailleurs un avis religieux (fatwa) signé de la Ligue islamique du Nord que cette histoire ne peut être tranchée que par un tribunal musulman en terre musulmane.
Retour à la morgue
Maître Xavier Labbée, côté musulman, affirme : « Sil n'est pas enterré, il n'ira pas au paradis car le corps prêté par Dieu doit être rendu intact ». Maître Franck Berton, pour les enfants, s'indigne : « J'ai trois jugements en ma faveur. Vendredi dernier à Lille. Lundi 23 en appel à Douai. Et à nouveau le 25 mai à Lille quand Maître Labbée a tenté d'intervenir pour des demi-frères restés en Algérie. Qu'est-ce que cette fatwa à Lille ? »
Car à la mairie de Lille, Jeanine Escande, conseillère municipale chargée de l'état civil, a pris effectivement un arrêté municipal « suspendant » la crémation qu'allaient entreprendre les enfants et empêchant les pompes funèbres de procéder à leur office.
Un arrêté assez exceptionnel
Hier, officiellement, ce dernier a fait appel à Dominique Perben, le ministre de la Justice, pour qu'il ordonne au procureur général de faire procéder à l'incinération : « J'ai des décisions de justice o๠le recours à la force publique est prévu !Aux dernières nouvelles, nous sommes dans un état laïc ! »
Tant pour cette demande officielle de Maître Bertonvers Dominique Perben que pour ce pourvoi en cassation, le débat se déplace donc à Paris.