Incinération contestée : épilogue
Ecrit par Didier Specq
Le 10 juin dernier, une polémique enflammait le tribunal de Lille : depuis mai 2005, une famille, après le décès d'un père français de culture musulmane, se déchire. Récit.
En mai 2005, la polémique avait été relayée avec abondance par les médias nationaux. Amar Bergham, 55 ans, décède le 13 mai des suites d'un cancer à Lille. Il n'a pas laissé de traces écrites de ses dernières volontés. Deux enfants majeurs - un homme policier à Paris et une jeune femme - estiment que leur père n'était pas très attaché aux traditions, et veulent l'incinérer. D'ailleurs, ajoutent-ils, leur père était en train de divorcer de sa nouvelle épouse. Mais, au moment des obsèques, on s'aperçoit à la mairie de Lille que le père n'est toujours pas divorcé.
Arrive alors Me Xavier Labbée qui, au nom de la veuve qui affirme que son mari voulait être enterré dans le carré musulman, proteste : « Pour ma cliente comme pour son mari, quand on est incinéré, on ne va pas au paradis ». Commence alors un extraordinaire marathon judiciaire : le tribunal de Lille autorise l'incinération puis, après des appels et un recours devant la Cour de cassation, c'est la cour d'appel de Paris qui rend son arrêt définitif : Amar Bergham sera enterré.
Une plainte pour "faux"
Mais Me Xavier Labbée, qui vient de l'emporter devant Me Frank Berton assurant la défense des deux enfants majeurs, sait qu'un coin du dossier n'est toujours pas net : sur certains papiers administratifs, qui a signé à la place de la toujours épouse ? Nouvelle plainte pour « faux ». Enquête, instruction. Les deux enfants majeurs admettent finalement avoir commis le faux. « Nous n'avions pas réussi à retrouver cette épouse, on ne sait même pas si notre père était divorcé », assurent en choeur les deux enfants à l'audience du 10 juin dernier devant le président Gérard Flamant. « D'ailleurs, puisqu'ils ne vivaient plus ensemble, on se demandait même si les obsèques intéressaient cette dame », renchérissait Malik Bergham.
Terrain religieux
La veuve fulmine : « Ils ne m'ont sûrement pas cherchée beaucoup et, à la mairie, on leur a dit que, sur l'état civil, j'étais toujours mariée avec Amar ». Mais me Berton, qui défend les deux enfants, a choisi de placer le débat sur le terrain de la religion. Devant l'insistance de Me Berton, la veuve finit par dire que c'est pour des raisons religieuses, essentiellement, qu'elle et son mari refusaient l'incinération. M' Xavier Labbée se fâche : « Ma cliente et son mari ont parfaitement le droit d'avoir des opinions religieuses ! La loi laïque garantit la liberté des obsèques et la liberté, pour des raisons religieuses ou traditionnelles, de refuser l'incinération qui, voici vingt ans, était encore très minoritaire ! » Me Berton riposte : « Je sais, vous êtes un spécialiste du droit des morts ! Moi, je suis du côté des vivants ! »
La procureure Louisa Aït Hamou se montre très circonspecte avec la victime qu'elle estime « particulièrement vindicative ». Surprise, alors que les faux sont avoués, la procureure ne réclame pas de peine et s'interroge même sur le caractère intentionnel des « faux ».
Me Frank Berton se réjouit du réquisitoire en défense et assure même que la veuve, dont on a imité la signature, n'a pas de réel préjudice.
Hier, le président Gérard Fla- mant a donc annoncé une double relaxe dans ce cas concret, imiter la signature d'une dame sur un acte administratif non négligeable n'est pas un délit.