Funérailles d'Amar Bergham : La cour d'appel suit l'avis de la Ligue islamique
Ecrit par Geoffroy Tomasovitch
Ses enfants voulaient l'incinérer conformément à ses dernières volontés, sa veuve voulait l'inhumer conformément au rite musulman. Hier, la justice a tranché le litige autour des funérailles d'Amar Bergham, ce Français d'origine algérienne mort à 55 ans des suites d'un cancer. Contre toute attente, elle a donné raison à la veuve. Les deux filles et le fils d'Amar Bergham ont craqué.
« Ils sont effondrés », lâche leur avocat, Maître Franck Berton, révolté par l'arrêt de la cour d'appel de Paris qui a ordonné l'inhumation du comptable décédé le 13 mai dernier à Lille(Nord). Cet arrêt infirme un jugement du tribunal de grande instance de Lille qui avait donné raison aux enfants Bergham.
« Il s'agit d'une fatwa »
« Le père de mes clients avait réservé une place pour lui et sa première épouse dans un columbarium. Que faut-il de plus pour prouver sa volonté de se faire incinérer ? » s'emporte Maître Berton. Selon ses enfants, Amar Bergham a toujours été un athée convaincu. Mais la seconde épouse du comptable affirme qu'il était un musulman pratiquant. Le litige a pris une dimension exceptionnelle avec l'intervention de la Ligue islamique du Nord qui, soutenant la veuve, a transmis un avis religieux devant les tribunaux. « Appelons un chat un chat, il s'agit d'une fatwa », dit Maître Berton, scandalisé par l'immixtion de la religion dans la sphère privée mais surtout judiciaire.
La veuve d'Amar Bergham avait saisi la Cour de cassation après plusieurs décisions de justice favorables aux enfants de son défunt mari. Ainsi, la Cour de cassation a-t-elle chargé la cour d'appel de trancher ce cas épineux. Cette dernière a considéré qu'Amar Bergham n'était pas un « pratiquant régulier ». Mais l'arrêt stipule aussi que « rien ne permet d'affirmer que M. Bergham a entendu rompre tout lien avec ses traditions, l'absence de respect des obligations de l'islam n'étant pas déterminante ». La cour observe qu'il n'existe pas de preuve certaine que le comptable avait choisi son mode de funérailles.
« Cette décision est gravissime. C'est une atteinte à la liberté de conscience, une remise en cause de la laïcité. Elle fait référence à la tradition ancestrale. En clair, tu nais musulman, tu meurs musulman, peu importe que tu aies respecté ou pas l'islam. Les lois de la République sont bafouées », réagit Maître Berton qui s'est aussitôt pourvu en cassation.
En attendant, la veuve a le droit de procéder à l'inhumation, voire de rapatrier la dépouille en Algérie. Et personne ne croit possible l' "accord" amiable préconisé par la cour d'appel.