Cour d'appel de Douai : L'incinération d'Amar B. aura lieu mercredi
Ecrit par D.S
Samedi, Nord Eclair révélait l'existance de ce dossier exceptionnel : au tribunal d'instance de Lille, une épouse en voie de séparation réclame, devant la présidente Dargneaux, le corps de son mari pour l'enterrer dans un carré musulman, tandis que les trois enfants majeurs du défunt exigent une incinération.
Le 13 mai dernier, à 17h, Amar B., un Lillois de 56 ans, meurt au CHR des suites d'un cancer. Ce français d'origine marocaine, père de trois enfants majeurs nés d'un premier mariage, avait entamé une procédure de divorce par consentement mutuel avec sa seconde épouse, dont il était séparé.
L'épouse, défendue par Maître Xavier Labbée, veut que son mari soit enterré dans un simple linceul et la tête tournée vers la Mecque. Les enfants, défendus par Maître Franck Berton, affirment que leur père, qui n'était pas religieux, souhaitait être incinéré. Or, l'islam estime tout a fait anormal de toucher à l'intégrité d'un corps qui appartient à Dieu et qui n'a été que prêté pou Lui. Pour Maître Xavier Labbée, « si on laisse incinérer le corps, le défunt n'ira pas au Paradis ». Le défenseur de l'épouse produit en outre une série d'attestations affirmant que le défunt était croyant.
« C'est trop tard »
Avec d'autres attestations, Maître Berton prétend le contraire. La fille du défunt affirme que son père lui avait fait promettre de respecter ses dernières volontés : être incinéré. La présidente Dagneaux donne, vendredi soir, raison aux trois enfants : leur lien avec le défunt est plus direct que celui avec l'épouse séparée. Cette dernière fait appel.
Nouveaux débats enfiévrés, hier après-midi à Douai, devant le président Bouly de L'Hesdin. Nouvelle guerre des attestations devant la famille et sous l'oil intéressé d'Amar Lasfar, le recteur de la Mosquée de Lille Sud. Cependant, Maître Berton soulève un argument choc : en ce qui concerne cette vieille loi concernant les funérailles, l'appel doit être diligenté dans les 24 heures, sur simple papier libre, y compris le samedi et le dimanche. « Lundi, c'est trop tard », conclut l'avocat. C'est ce dernier argument qui va convaincre les magistrats. L'incinération se déroulera mercredi.