Bataille autour de l'incinération d'un Français d'origine algérienne

Une famille d'origine algérienne qui se dispute le corps de l'un de ses membres décédés le 13 mai à  Lille pour savoir s'il peut ou non être incinéré, des décisions de justice, un arrêté municipal, un avis de la Ligue islamique du Nord et pour conclure un pourvoi en cassation d'une part et un appel au ministre de la Justice, Dominique Perben, d'autre part. Depuis deux semaines, une bataille juridico-religieuse se livre autour d'un citoyen français d'origine algérienne dont on ne sait avec exactitude s'il est musulman ou non. C'est là  que réside tout le problème.

Amar Bergham, 56 ans, est mort au CHU de Lille des suites d'un cancer. Ses trois enfants majeurs, nés d'un premier mariage et qui lui rendaient régulièrement visite, affirment que leur père, devenu athée, voulait être incinéré. Cependant, la seconde épouse du défunt, en instance de divorce, affirme le contraire et déclare que son mari était toujours musulman et qu'il doit donc « être enterré dans un linceul blanc et tourné vers la Mecque sinon in n'ira pas au paradis ».

Saisi le vendredi 20 mai de la querelle, le tribunal de Lille donne priorité aux enfants sur la seconde épouse. Le lundi 23, la cour d'appel de Douai confirme la décision lilloise estimant par ailleurs que le recours diligenté par l'épouse et son représentant, Maître Xavier Labbée, est arrivé hors délai. Sur les entrefaites, ce dernier produit une attestation de la Ligue musulmane du Nord précisant : « Seule une autorité judiciaire musulmane exerçant dans un pas musulman doit définir et vérifier les causes de l'apostasie(reniement de sa religion) d'une personne ».

C'est alors qu'à  la mairie de Lille, la conseillère municipale chargée de l'état civil prend un arrêté suspendant la crémation et empêchant les pompes funèbres de procéder à  leur office. Arrêté qui est pris à  la demande du procureur de la République. Pourquoi cette mesure exceptionnelle ? Parce que Maître Labbée a diligenté un pourvoi en cassation au motif qu'il n'est pas exact que son appel soit arrivé en retard à  Douai o๠la cour était par ailleurs fermée le lundi 21.

Le corps d'Amar Bergham se trouve donc toujours à  la morgue et l'avocat de ses fils, Maître Franck Berton, interroge : « Depuis quand, dans un Etat laïc, peut-on se mettre au travers de décisions judiciaires sous la pression de religieux musulmans ? Mon client est français, né à  Montfermeil, et ni la mairie de Lille ni le procureur n'appliquent la décision de la cour d'appel. Mais o๠va-t-on ? » Il s'est donc tourné vers Dominique Perben pour lui demander d'ordonner au procureur lillois de faire enfin procéder à  l'incinération.

Dans de nombreux milieux, on suit avec beaucoup d'intérêt le déroulement de cette affaire qui sert aussi de test d'influence aux musulmans les plus radicaux.