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| LES AFFAIRES DANS LA PRESSE |
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[...] Les médias nationaux claironnent alors que des interpellations, liées au terrorisme international, ont été opérées. Mais les journalistes de la presse régionale expliquent que ces arrestations sont pour le moins surprenantes. Mohamed Adachour, ouvrier textile, et son fils, Ahmed, équipier chez McDo, mènent une existence tranquille.
Trois jours d’interrogatoire
Quelques jours plus tard, l’affaire se dégonfle. La famille aurait attiré l’attention de la direction de la surveillance et du territoire (DST) en raison d’un séjour chez un oncle en Espagne- effectué en Mars 2005, un an jour pour jour après les attentas de Madrid- et de plusieurs communications téléphoniques vers ce pays. Il est aussi question d’un individu- un lointain cousin soi-disant introuvable depuis les explosions dans les trains à Madrid- que la famille aurait croisé lors d’un mariage au Maroc… cinq ans plus tôt. Mais après trois jours d’interrogatoire, le père et le fils sont mis hors de cause.
Prévenu huit jours avant
« C’est un sarko-show », dénonce immédiatement M.Frank Berton, l’avocat de la famille. Et d’ajouter, à l’époque ; « Que l’on fasse des vérifications et qu’on prenne des précautions, d’accord. Mais qu’une partie des médias soit avertie, pas d’accord ! On a cloué au pilori mes clients, remis en liberté sans aucune mise en examen ! » Une plainte est déposée, visant le directeur de la DST. Jacques Huard, doyen des juges d’instruction à Lille, est saisi du dossier. Voici quinze jours, les deux journalistes de France 2 et de l’AFP ont été entendus par le magistrat lillois. La semaine dernière, c’était le tour de Pierre Bousquet de Florian, le patron de la DST. Qu’en ressort-il ? Sans surprise, les deux journalistes ont invoqué le secret des sources. L’un croit se rappeler avoir été averti huit jours avant l’opération policière importante à Wervicq. Philippe Lemaire, le procureur de Lille, a toujours dit qu’il ignorait cette opération. Quant au responsable de la DST ? il explique qu’une trentaine de personnes, essentiellement à Paris et peut-être le directeur de la Sécurité publique du Nord à Lille, étaient au courant. « Je me porte garant de mes hommes et de la DST. De toute façon, une telle publicité ne peut que déstabiliser notre opération » a-t-il déclaré en substance. M.Frank Berton confirme et ajoute : » Sommes-nous victimes d’une guerre des polices ? Quelqu’un avait-il intérêt à faire « fuiter » l’affaire ? »
Reste à savoir si les investigations vont continuer ou si la justice va laisser tomber. Le magistrat chargé de l’enquête a formulé un avis de clôture de l’instruction, mais l’avocat de la famille ne veut pas en rester là.
« Ce n’est pas parce que le directeur de la DST dit qu’il a confiance en ses hommes que cela va suffire. C’est un peu facile. Cette opération a bien été organisée huit jours avant, la fuite vient bien d’une source officielle. On sous-entend aujourd’hui qu’elle viendrait de quelqu’un qui voulait portait un coup à la DST. Alors cherchons ! Je veux savoir qui a prévenu les journalistes. Je vais demander au juge d’entendre tous les policiers parisiens et lillois qui avaient connaissance de cette opération », explique M.Frank Berton qui s’étonne qu’aucune enquête interne à la DST n’ait été diligentée.
De son côté, la famille Adachour se dit profondément déçue des explications du patron de la DST : « Si ce n’est pas un coup médiatique orchestré par le ministère de l’Intérieur, mais une guerre des polices, notre famille n’avait pas à en faire les frais. Selon nous, de hauts représentants de l’Etat cherchent à étouffer cette affaire. Mais nous voulons la vérité. »
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L'avocat des Adachour veut des explications
Mardi 31 octobre 2006 |
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« S'il le faut, je demanderais que Nicolas Sarkozy soit entendu dans cette affaire. » Franck Berton est l'avocat de Mohamed Adachour et de son fils Ahmed. Une famille de Werwicq qui a reçu, le 26 juillet 2005, la visite des inspecteurs de la Direction de la surveillance du territoire (DST).
Suspectés de nourrir des liens avec le terrorisme international, les deux hommes ont été arrêtés manu militari sous l'oeil des caméras de France 2. Avant d'être mis hors de cause trois jours plus tard.
Mais alors que le magistrat chargé de l'enquête s'apprête à clore l'instruction, Franck Berton ne compte pas en rester là. « Je vais demander au juge d'entendre tous les policiers parisiens et lillois qui avaient connaissance de cette opération. » Son objectif : découvrir d'où proviennent les fuites et savoir si l'opération relevait d'un plan de communication du ministère de l'Intérieur.
Entendu il y a deux semaines, le journaliste de France 2 qui s'était rendu sur place a invoqué le secret de ses sources tout en lâchant qu'il avait été prévenu huit jours avant l'arrestation. « Ce qui prouve bien que tout cela était prémédité », juge Franck Berton. Quant au patron de la DST, également auditionné, il a affirmé qu'une trentaine de personnes à Paris, dont il se porte garant, étaient au courant. « De toute façon, c'est un mauvais coup porté à notre service », a-t-il conclu. Guerre des polices ou effet médiatique ? Franck Berton veut en avoir le coeur net. « Le juge n'a mis en examen personne. Il n'a désigné aucun responsable. Je ne peux pas me satisfaire de ces résultats. » D'autant que depuis les faits, aucune enquête interne à la DST n'a été diligentée à ce sujet.
Vincent Vantighem |
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Outreau :
la charge des avocats contre l’instruction
Le Figaro, 20 janvier 2006 |
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Interpellés à leur domicile sous le nez des caméras en juillet par les agents du contre-terrorisme, M. Adahchour et son fils ont été reçus hier par le doyen des juges d’instruction, Jacques Huard, qui enquête sur cette opération. Le directeur de la DST devrait également être entendu.
Ils mettaient pour la première fois les pieds dans le palais de justice. Droits dans leurs bottes mais les cœurs serrés. Mohamed Adahchour et son fils Ahmed ont été reçus hier après-midi par le doyen des juges d’instruction, Jacques Huard, figure de la magistrature lilloise. Une rencontre qui fait suite à la plainte déposée en août, via leur avocat Maître Berton, contre la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) pour violation du secret de l’instruction et du secret professionnel. Une démarche rare.
Le 26 juillet dernier à l’aube, les policiers surarmés du GIPN et les agents secrets avaient fait irruption au domicile de cette famille franco-marocaine, mis la maison sens dessus dessous, avant d’emmener le père de famille, employé dans le textile, et son fils aîné âgé de 20 ans, équipier chez Mac Do. Motif : des vérifications dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Madrid.
Les agents du contre-terrorisme agissaient dans le cadre d’une commission rogatoire du juge Bruguières, strictement confidentielle. Or, l’arrestation s’est déroulée en présence de France 2 et de l’AFP. Une présence que l’avocat de la famille a ouvertement dénoncée comme une orchestration , un « Sarko-show » selon ses termes. Le père et son fils avaient été relâchés après trois jours de garde à vue, en catimini, et mis hors de cause. L’affaire avait suscité beaucoup d’émotion à Wervicq où la famille est unanimement appréciée.
Hier, accompagnés de leur avocat, Mohamed Adahchour et son fils se sont entretenus avec le juge d’instruction pendant deux heures sur les circonstances de leur interpellation.
« Il s’est montré très attentif. Il nous a interrogés très attentif. Il nous a interrogés sur les circonstances de l’interpellation, sur la garde à vue, la présence des caméras et la vidéo amateur qui est passée sur TF1… On lui a aussi parlé de notre famille qui vit au Maroc, en Espagne, et aux Pays-Bas, parce que ce sont nos coups de téléphone qui semblaient intriguer les policiers », explique le fils. Le patriarche poursuit : »Je lui ai dit ma peine de voir ainsi ma famille perdre son honneur ».
Hier soir, de retour chez elle, la famille s’est retrouvée plus que jamais soudée, avec le sentiment que la justice l’écoute enfin. Mais les blessures sont encore vives.
« J’ai le sentiment aujourd’hui qu’un musulman pratiquant est forcément perçu comme un terroriste. C’est triste. Nous sommes des êtres humains faits pour vivre ensemble et être respectés quelle que soit notre religion », exprime M.Adahchour. A Meriem, l’une des filles, d’exprimer ce sentiment d’union avec les victimes du procès d’Outreau : « C’est difficile à expliquer mais on se sent proche de ces gens. Je pleure quand je pense à leur calvaire ».
Le juge d’instruction doit s’attacher à faire la lumière sur certaines indiscrétions.
« La fuite a soit été organisée au ministère de l’Intérieur, soit elle émane d’un agent de la DST. C’est une faute inexcusable », déplore Maître Berton. Selon lui, le directeur de la DST, Pierre de Bousquet de Florian, sera fatalement entendu. Va-t-on vers une mise en examen dans cette présumée violation du secret de l’instruction.
Angélique Da Silva (avec Didier Specq) |
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Six mois après l’opération musclée de la DST à Wervicq. Ils sont enfin écoutés par la justice Nord-Eclair, 21 janvier 2006 |
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Interpellés à leur domicile sous le nez des caméras en juillet par les agents du contre-terrorisme, M. Adahchour et son fils ont été reçus hier par le doyen des juges d’instruction, Jacques Huard, qui enquête sur cette opération. Le directeur de la DST devrait également être entendu.
Ils mettaient pour la première fois les pieds dans le palais de justice. Droits dans leurs bottes mais les cœurs serrés. Mohamed Adahchour et son fils Ahmed ont été reçus hier après-midi par le doyen des juges d’instruction, Jacques Huard, figure de la magistrature lilloise. Une rencontre qui fait suite à la plainte déposée en août, via leur avocat Maître Berton, contre la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) pour violation du secret de l’instruction et du secret professionnel. Une démarche rare.
Le 26 juillet dernier à l’aube, les policiers surarmés du GIPN et les agents secrets avaient fait irruption au domicile de cette famille franco-marocaine, mis la maison sens dessus dessous, avant d’emmener le père de famille, employé dans le textile, et son fils aîné âgé de 20 ans, équipier chez Mac Do. Motif : des vérifications dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Madrid.
Les agents du contre-terrorisme agissaient dans le cadre d’une commission rogatoire du juge Bruguières, strictement confidentielle. Or, l’arrestation s’est déroulée en présence de France 2 et de l’AFP. Une présence que l’avocat de la famille a ouvertement dénoncée comme une orchestration , un « Sarko-show » selon ses termes. Le père et son fils avaient été relâchés après trois jours de garde à vue, en catimini, et mis hors de cause. L’affaire avait suscité beaucoup d’émotion à Wervicq où la famille est unanimement appréciée.
Hier, accompagnés de leur avocat, Mohamed Adahchour et son fils se sont entretenus avec le juge d’instruction pendant deux heures sur les circonstances de leur interpellation.
« Il s’est montré très attentif. Il nous a interrogés très attentif. Il nous a interrogés sur les circonstances de l’interpellation, sur la garde à vue, la présence des caméras et la vidéo amateur qui est passée sur TF1… On lui a aussi parlé de notre famille qui vit au Maroc, en Espagne, et aux Pays-Bas, parce que ce sont nos coups de téléphone qui semblaient intriguer les policiers », explique le fils. Le patriarche poursuit : »Je lui ai dit ma peine de voir ainsi ma famille perdre son honneur ».
Hier soir, de retour chez elle, la famille s’est retrouvée plus que jamais soudée, avec le sentiment que la justice l’écoute enfin. Mais les blessures sont encore vives.
« J’ai le sentiment aujourd’hui qu’un musulman pratiquant est forcément perçu comme un terroriste. C’est triste. Nous sommes des êtres humains faits pour vivre ensemble et être respectés quelle que soit notre religion », exprime M.Adahchour. A Meriem, l’une des filles, d’exprimer ce sentiment d’union avec les victimes du procès d’Outreau : « C’est difficile à expliquer mais on se sent proche de ces gens. Je pleure quand je pense à leur calvaire ».
Le juge d’instruction doit s’attacher à faire la lumière sur certaines indiscrétions.
« La fuite a soit été organisée au ministère de l’Intérieur, soit elle émane d’un agent de la DST. C’est une faute inexcusable », déplore Maître Berton. Selon lui, le directeur de la DST, Pierre de Bousquet de Florian, sera fatalement entendu. Va-t-on vers une mise en examen dans cette présumée violation du secret de l’instruction.
Angélique Da Silva (avec Didier Specq) |
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Suspectés d’actes terroristes, deux Wervicquois sont interpellés par la DST
La Voix du Nord, Le journal de l’année 2005 |
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Trois jours de garde à vue et une plainte contre les services secrets
Le triste feuilleton de l’été. Le mardi 26 juillet, Mohamed Adahchour et son fils Ahmed, deux habitants de Wervicq-Sud, un village situé au nord-est de la métropole lilloise, sont interpellés à leur domicile par des agents de la Direction de la surveillance du territoire (DST) lourdement armés et épaulés par le Groupe d’intervention de la police nationale (GIPN). Une opération menée dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Madrid survenus en 2004 et qui se déroule quelques jours après ceux commis dans le centre de Londres. Une interpellation menée sous l’œil d’un cameraman de France 2 et d’un journaliste de l’agence France presse…lesquels avaient été prévenus.
Interpellation qui étonne alors les voisins de la famille installée depuis une quinzaine d’année dans le village. Une famille musulmane dont le père est pratiquant. La famille est sans histoire et aucun de ses membres n’a auparavant eu maille à partir avec la justice. Les deux hommes passent trois jours en garde à vue. On les questionne notamment sur un voyage en Espagne du fils, Ahmed. Lors du deuxième jour de garde à vue, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy effectue une visite au siège de la DST à Paris. |
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Deux mois après l’opération de la DST, la famille Adahchour essaie d’oublier Nord Eclair, 3 octobre 2005 |
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« Nous avons perdu notre honneur »
Deux mois après avoir été interpellés comme de dangereux terroristes par la DST, le père de famille wervicquois et son fils tentent de se reconstruire. Ébranlée, la famille cherche toujours à comprendre. Pour l’heure les plaintes déposées par l’avocat, Maître Berton, n’ont rien donné.
C’est l’heure du goûter, les deux benjamins de la famille retrouvent les petits copains du lotissement autour d’un ballon. Ensemble, ils déploient des trésor de vie et d’insouciance. Loin, bien loin, de l’agitation qui s’est emparée de la ville le 26 juillet aux aurores lors de l’assaut du GIPN et des agents du contre-terrorisme français au domicile de cette famille franco-marocaine, sous les objectifs d’une caméra de France 2 et d’un photographe de l’Agence France Presse.
Après avoir fouillé la maison et saisi des photos de famille ainsi que des enregistrements vidéo, le père Mohamed Adahchour, 56 ans, ouvrier du textile, et son fils aîné Ahmed 20 ans, équipier chez McDo, sont alors emmenés dans les locaux de la DST pour suspicion de complicité dans les attentats de Madrid.
L’interrogatoire durera trois jours, ponctué par la visite du juge Bruguière, avant que les deux hommes ne soient finalement relâchés – en catimini – sans aucune charge retenue contre eux. Une opération intervenue quelques jours après les attentats de Londres et à la veille d’une visite officielle à la Direction de Surveillance du Territoire de Nicolas Sarkozy. L’avocat de la famille, Maître Berton, avait alors dénoncé cette opération comme un vaste coup médiatique, du « sarkoshow » selon sa formule.
Une plainte a été déposée début août auprès du doyen des juges d’instruction de Lille pour violation du secret de l’instruction et violation du secret professionnel, contre la DST, et contre X.
Une démarche rare qui met en cause la responsabilité de l’État.
Deux mois ont passé. Dans son jardin, Mohamed Adahchour cueille les derniers fruits encore suspendus à la douceur de l’automne naissant. « Il adore son jardin, il s’y sent bien », livre Meriem, la fille aînée. C’est elle qui a tout géré dans les heures qui ont suivi l’interpellation :la pression médiatique, la recherche d’un avocat et les contingences familiales. A 21 ans, la jeune femme s’endurcie.
Mohamed Adahchour n’a pas repris son activité professionnelles en raison de son état de santé. Il a retrouvé le sourire mais au dedans, le moral bat souvent du tambour : « Quand je repense à toute cette histoire, ça me serre le cœur. J’éprouve beaucoup d’amertume et je n’arrive toujours pas à comprendre ». Et d’interroger : « Ne croyez-vous pas que c’est en agissant de cette façon qu’on pousse les gens à la haine ? ».
Il évoque ce sentiment d’abandon et d’indifférence, cette douloureuse sensation d’être devenu apatride : « Je n’avais jamais ressenti cela avant. Le Maroc n’est pas intervenu dans toute cette affaire, la France l’aurait fait dans le cas inverse. Je vis en France depuis plus de 30 ans, j’ai fait le choix de travailler et de fonder ma famille ici pour au final être traité comme un terroriste. Je suis un étranger ici comme là-bas.Mais, dit-il, l’essentiel est de vivre dignement ».
(…)
« Les gens pensent tout bas qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Nous avons perdu notre honneur. C’est pour cela que nous attendons une réhabilitation officielle de la part de Nicolas Sarkozy », exprime Ahmed.
A la maison, il est souvent question des insultes, plus bêtes que méchantes, adressées aux plus jeunes de la fratrie dans la cour de récréation. « Quand les gamins entendent une sirène de police, ils taquinent mes fils. Ce n’est pas bien méchant mais ils en ont assez. Je fais en sorte que mes enfants ne grandissent pas avec un sentiment de révolte mais ce n’est pas facile », reprend M.Adahchour.
Il aura fallu ce coup du sort pour que d’anciennes connaissances se manifestent et que des amitiés se renouent. Les liens sont en revanche devenus plus distants avec la famille installée en Espagne ou au Maroc : « Les gens ont peur de s’appeler, peur des conséquences. Cette affaire a eu un tel retentissement que les membres de la famille ne se contactent plus comme avant. C’est triste », soupire Meriem.
Rien sur l’enquête
Concernant ce fameux Mohamed B. sur qui pesaient les soupçons des policiers au moment de l’interpellation, aucune nouvelle. Rappelons que cet homme, qui serait introuvable depuis les attentats de Madrid, avait assisté à un mariage au Maroc auquel était également conviée la famille wervicquoise en août 2000. Une rencontre que la DST a cherché à éclaircir, sans qu’aujourd’hui lumière soit faite ni sur ce personnage, ni sur un éventuel lien avec les attentats de Madrid.
La famille Adahchour voudrait comprendre. Pour oublier. Le traumatisme est encore très présent :
« Aujourd’hui, nous vivons avec le sentiment d’être surveillés tout le temps, dans la rue, en allant rendre visite à des amis…On devient parano » ,observe Ahmed. « Moi, je ne me retourne pas. Je redresse les épaules et je marche la tête haute » [...]
A.D.S. |
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Un père et un fils affirmant avoir été malmenés par la DST lors d’une garde à vue portent plainte Le Monde, 13 août 2005 |
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Mohamed et Ahmed Adachour sont des cousins éloignés d’un homme qui aurait été mêlé aux attentas terroristes de Madrid, en 2004. Ils réclament des excuses à Nicolas Sarkozy
De notre correspondant à Lille
Placés durant trois jours en garde à vue après une interpellation musclée, un père et son fils ont déposé plainte, jeudi 11 août, contre le directeur de la direction de la surveillance du territoire (DST). Les faits remontent au 26 juillet. A 6 heures, dépêchés par le juge Jean-Louis Bruguière, des policiers du groupe d’intervention de la police nationale (GIPN) et des membres de la DST font irruption au domicile d’une famille franco-marocaine, à Wervicq-Sud, une petite commune de la métropole lilloise.
Ils immobilisent le père, Mohamed Adachour, et fouillent la maison. Face aux questions de la famille, il font allusion à une complicité dans les attentats de Madrid de mars 2004. L’opération se déroule sous l’œil d’une caméra de France 2 et d’un photographe de l’Agence France-Presse.
A 8 heures, le commando repart en embarquant M.Adachour et son fils de 20 ans, Ahmed. Tous deux passent trois jours en garde à vue dans les locaux de l’antenne locale de la DST. Lorsqu’ils en ressortent, ils apprennent qu’aucune charge n’est retenue contre eux.
VOYAGE AU MAROC
Aujourd’hui, la famille ne comprend toujours pas. « Ils étaient trente à trente-cinq, cagoulés et surarmés, lorsqu’ils ont pénétré chez nous », se souvient Ahmed. Selon les deux hommes, la garde à vue a été à l’image de l’intervention : gifles, menaces, positions inconfortables, propos désobligeants. Le père, cardiaque, doit rester debout. Le juge Bruguière, qui a fait le déplacement à Lille, le prévient qu’il « peut l’envoyer au Maroc ou en Espagne, où les lois sont plus dures ».
« Les policiers voulaient tout savoir, raconte Ahmed. Qui nous fréquentons, comment est l’imam de notre mosquée, pourquoi j’ai fait un stage de boxe thaïe en Thaïlande. Ils m’ont demandé si je connaissaient si je faisais la prière. Ils connaissaient déjà toutes les réponses. »
En fait, l’opération semble avoir été motivée par un voyage de la famille Adachour au Maroc, en 2000, pour assister au mariage d’un oncle. Les Adachour y avaient rencontré un cousin éloigné avec lequel il y avait eu échange de coordonnées. Or ce cousin aurait été mêlé aux attentats de Madrid. Durant l’enquête, les policiers ont retrouvé le numéro de téléphone de la famille. Par ailleurs, Ahmed Adachour aurait intrigué les enquêteurs madrilènes en livrant, en mars, une voiture à son oncle, en Espagne.
L’avocat des deux hommes, Franck Berton, crie à l’opération de communication et dénonce la violation du secret professionnel et du secret de l’instruction : « La DST, en tant que service enquêteur, était titulaire d’une information confidentielle : l’identité des gens que l’on allait interpeller, ainsi que le jour et l’heure. La personne qui a informé France 2 détenait l’information de par ses fonctions professionnelles. Enfin, le secret de l’instruction a été violé puisque la DST tenait sa mission du juge Bruguière. »
Mohamed et Ahmed Adachour ont donc déposé plainte contre le directeur de la DST, Pierre Bousquet de Florian, et contre X…
L’avocat et ses clients réclament au moins des excuses de Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur.
Mais le traumatisme demeure. « On nous montre du doigt, affirme Ahmed Adachour. Et j’ai besoin de consulter un psy. »
Philippe Allienne |
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Wervicq, suite aux deux interpellations de la DST. Une double plainte déposée par l’avocat Nord Eclair, 12 août 2005 |
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Franck Berton, l’avocat du père de famille wervicquois et de son fils interpellés le 26 juillet par les agents de Direction de la Surveillance du Territoire et le GIPN, a déposé plainte contre la DST. L’avocat lillois veut que lumière soit faite sur les responsabilités de ce dérapage.
Une double plainte pour violation du secret de l’instruction et du secret professionnel contre la DST et contre X a été déposée par Maître Berton auprès du doyen des juges d’instruction de Lille, hier, suite aux deux interpellations spectaculaires menées le 26 juillet dernier à l’heure du laitier dans un pavillon tranquille de Wervicq-Sud. Un commando du GIPN et des agents parisiens de la Direction de la Surveillance du Territoire avaient fait irruption dans la maisonnée encore endormie, et interpellé Mohamed Adachour, un père de famille marocain âgé de 56 ans, ouvrier dans le textile, et son fils aîné, Ahmed, 20 ans, équipier chez MacDo, pour des vérifications dans le cadre de l’enquête sur les attentas de Madrid, le tout sous l’œil de France 2 et de l’AFP, prévenus la veille par une source parisienne. Les deux hommes avaient été relâchés trois jours plus tard, en catimini ; Aucune charge n’était retenue contre eux. La famille n’avait rien à se reprocher.
« Je veux savoir qui au ministère de l’Intérieur a prévenu les médias. Est-ce que Nicolas Sarkozy, qui rendait visite à la DST le ledemain, était au courant de cette opération ? Et si oui, est-ce qu’il avait connaissance de la présence de l’AFP et de France 2 ? Est-ce que oui ou non tout cela a été orchestré ? », interroge le défenseur.
Retrouver l’honneur perdu
La double plainte est déposée contre le directeur de la DST Pierre de Bousquet de Florian et contre X : « il y a violation du secret de l’instruction car la DST agissait sur une commission rogatoire du juge Bruguière, les fonctionnaires de police n’avaient donc pas à révéler une information à caractère secret. De la même manière, il y a violation du secret professionnel, conformément au code pénal, les policiers sont tenus à la plus grande confidentialité ». Pour l’avocat lillois, la logique voudrait que le juge chargé du dossier entende les journalistes de France 2 et de l’AFP pour, dit-il, « connaître les sources et établir les responsabilités individuelles de ce dérapage. On ne s’en prend pas à des braves gens qui ne sont ni de près, ni de loin liés aux attentats de Madrid pour faire une opération de communication ».
Et d’indiquer qu’en vertu du code pénal les indiscrétions faites dans le cadre de dossiers secret défense sont passibles de peines d’emprisonnement et d’amende allant jusqu’à 15.000 €.
Une enquête interne sera-t-elle menée au ministère de l’Intérieur ? Nul ne le sait. Silence radio place Beauvau où les services concernés n’ont jamais répondu aux sollicitations de la presse. « Aucune excuse n’ a été présentée à la famille », s’indiqne l’avocat. Cette famille franco-marocaine, composée de six enfants âgés de 12 à 21 ans, installée à Wervicq depuis 20 ans, souhaite que son innocence soit reconnue publiquement. Le père de famille est toujours très éprouvé : « Je ne pardonnerai jamais ce qu’ils m’ont fait. J’ai travaillé toute ma vie pour le bien-être de ma famille. Nous menons une existence simple et normale, pourquoi s’en prendre à nous de cette façon ? Je ne me fais pas de souci pour moi mais beaucoup pour mes enfants », livre-t-il.
Ahmed, le fils, secoué par la pression psychologique des interrogatoires s’est résolu à consulter un psychologue : « J’ai peur, toujours peur. Au moindre bruit, je me réveille la nuit. Les gens qui ne nous connaissent pas pensent que nous sommes vraiment des terroristes. Tout ça ne s’effacera jamais. Ma couleur de peau fera toujours de moi un suspect », soupire-t-il. Brisé dans l’élan de ses 20 ans, Ahmed est hanté par les brimades et les sous-entendus dont il dit avoir été l’objet durant la garde à vue. « On ne peut rien vérifier à ce niveau puisque dans ce genre de dossier, nous n’avons pas accès aux procès verbaux d’audition », explique l’avocat.
Le nombreuses mains tendues ici et là sont un appui précieux. Mais au delà du réconfort, chacun aspire à retrouver l’honneur perdu de la famille, et le droit d’avancer droit comme des i.
A.D.S. |
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Une plainte contre les services secrets ! La voix du Nord, le 12 août 2005 |
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Ils sont courtois, infiniment respectueux, et même un peu timides, au moment de prendre la parole.
Pourtant, ils sont déterminés. Leur colère coule sans un mot plus haut que l’autre, mais sans interruption non plus, pour peu qu’on les pousse à la livrer.
Mohamed Adachour et son fils, c’est sûr, souffrent encore. Les policiers de la DST sont venus les chercher au petit matin du 26 juillet, « dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Madrid en 2003 », à grand renfort d’agents secrets surarmé, pour les rendre aux leurs trois jours plus tard sans un mot de remerciement, et ils n’ont pas goûté l’aventure.
« Je comprends que les policiers fassent leur métier, que la justice enquête », dit le jeune Ahmed. « En Espagne, ils ont voulu questionner mon oncle, ils lui ont tout bonnement demandé de passer au commissariat, ce qu’il a fait. S’ils avaient fait pareil avec nous, c’était super… »
« Sarko-show » ?
Mais ils n’ont pas fait pareil. Mais alors, pas du tout. Non contents de débarquer en force et en tenue d’assaut à 6h10, ils ont opéré devant un cameraman de France 2 et un photographe de l’Agence France presse… qui avaient été auparavant prévenus. Et voilà ce que la famille Adachour ne tolère pas !
« Il faut savoir que même le parquet de Lille n’était pas prévenu de l’opération, alors qu’il aurait dû l’être ! »
Maître Frank Berton, l’avocat de la famille, un rien piquant, en remet une louche. « Quelqu’un, à quelque niveau que ce soit, a décidé de prévenir la presse, de médiatiser cette intervention. C’est tout bonnement une violation du secret de l’instruction, et également une violation du secret professionnel. »
Et, décidément très en forme, il ponctue : « Un secret violé par un service secret, on est au paroxysme du délire ! »
Alors, hier, Mohamed et Ahmed Adachour ont déposé par l’intermédiaire de Maître Berton une plainte devant le doyen des juges d’instruction de Lille, pour violation du secret de l’instruction et violation du secret professionnel, contre la DST, représentée par son directeur, Pierre de Bousquet ; et également contre X.
« Nous voulons évidemment remonter aussi haut qu’il le faudra », dit Frank Berton. Et le nom est lâché : « Le ministre de l’Intérieur a-t-il été prévenu ? Etait-il au courant ? » Au moment de l’interpellation de ses clients, il parlait de « sarko-show », aujourd’hui, il dit que tout cela sent l’opération de communication à plein nez »…
Il est brai que cette… « opération » arrivait juste après les attentats de Londres, et que le lendemain – coïncidence – Nicolas Sarkozy était justement en visite au siège de la DST, tout sourire. Il y a de quoi se poser des questions.
D’autant que les deux hommes ont donc été relâchés sans plus être inquiétés, après « les vérifications de choses qui avaient déjà été vérifiées ».
« Ils avaient déjà toutes les réponses aux questions qu’ils nous ont posées », dit le jeune Ahmed. Et pour cause : « Nous avons su depuis que nous étions sous surveillance depuis un an et demi ! … » (…)
Traumatisés Dominique Masse, le cameraman de France 2, confirme avoir bien été « prévenu par quelqu’un que je connais, à Paris », et qu’il a ensuite prévenu Philippe de l’AFP. « Eux ont fait leur boulot », dit Maître Berton ; l’interlocuteur de Dominique Masse, lui, pourrait bien risquer un an de prison et 15 000 € d’amende, si on se donne les moyens de le retrouver.
En attendant, Ahmed Adachour ne cache pas qu’il est toujours traumatisé : « J’ai pris rendez-vous ce matin avec un psychiatre. Dès que j’entends parler de ce genre d’enquête, j’ai des flashs, des angoisses, et j’ai perdu le sommeil. » C’est difficile, à vingt ans, de vivre sous le regard de ceux « qui disent qu’il n’y a pas de fumée sans feu, qui passent devant ma maison en la regardant comme si c’était un parc d’attraction »…
Eric DUSSART |
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L’avocat de la famille porte plainte, exige des explications Nord Eclair, le 2 août 2005 |
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L’affaire des deux interpellations musclées menées par la DST, mardi dernier, dans une famille franco-marocaine à Wervicq Sud n’a pas fini de faire parler d’elle. L’avocat de la famille, Maître Berton, a rencontré le père de famille âgé de 56 ans ainsi que son fils âgé de 20 ans hier. Trois plaintes vont être déposées par l’avocat lillois auprès du doyen des juges d’instruction de Lille pour violation du secret professionnel, violation du secret de l’instruction, et atteinte à la présomption d’innocence. Le défendeur veut que la lumière soit faite dans cette affaire qu’il qualifie de coup monté : « Je veux savoir qui, au ministère de l’Intérieur, a prévenu l’AFP et France 2 pour que ces interpellations se fassent sous l’œil des objectifs et des caméras ? Tout ça a été orchestré. On ne jette pas l’opprobre sur une famille de cette façon en se gardant bien ensuite de rappeler les médias pour annoncer leur libération et dire qu’ils sont hors de cause », indique l’avocat qui estime également que le secret de l’instruction a été malmené dans cette affaire avec la visite du juge Bruguière, survenue au lendemain des interpellations. « La plainte pour atteinte à la présomption d’innocence est motivée par la révélation de l’identité de la famille », poursuit l’avocat regrettant certains amalgames. Maître Berton souhaite obtenir des dommages et intérêts pour la famille.
Par ailleurs, l’avocat rédige également une lettre à l’intention du ministre de l’Intérieur pour dénoncer les conditions de garde à vue et la pression psychologique exercée sur le père de famille et son fils : « La pression psychologique durant la garde à vue a été extrêmement dure. Mes deux clients n’ont presque pas dormi, ni mangé. On leur imposait des interrogatoires interminables sans parler des considérations dont ils ont fait l’objet … Nous attendons une lettre d’excuses », précise Maître Berton.
« Le père de famille entendait son fils pleurer derrière la cloison. Tous deux sont meurtris mais je m’inquiète davantage pour le fils qui semble très affecté », livre l’avocat, très déterminé.
A.D.S. |
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Une famille terrorisée pas un commando antiterroriste Libération, Samedi 30 et dimanche 31 juillet 2005 |
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Un père et son fils, arrêtés chez eux à Wervicq (Nord) par une trentaine de policiers, ont été libérés après trois jours de garde à vue.
Au mur, des photos de La Mecque, à côté du calendrier de la filature où travaille le père. Sur la table, café brûlant et sucre doré. Dans le salon, ils racontent. Mardi aux aurores, arrêtés au saut du lit par un commando cagoulé, ils étaient des terroristes. Vendredi, ils étaient libres, aucune charge contre eux, après trois jours de garde à vue. Mohamed A. ; 56 ans, marocain, ouvrier en France depuis trente-quatre ans, et Ahmed A., 20 ans, son fils, français et équipier chez MacDonald’s, habitants de Wervicq-Sud, près de Tourcoing, ont été entendus par le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière mercredi, après une descente musclée la veille de la Direction de surveillance du territoire (qui s’est refusée vendredi à tout commentaire) dans leur maison, sous l’œil de France 2 et de l’AFP. Franck Berton, l’avocat des A., demande à Sarkozy «une lettre d’excuses à la famille » et dépose plainte pour violation du secret de l’instruction et du secret professionnel : « Je veux savoir qui, au ministère de l’Intérieur, a prévenu la presse. On ne fait pas de la communication sur le dos des braves gens. »
Mariage. Le fils d’un cousin de Mohamed A., Mohamed Belhadj, 25 ans, est recherché par la police espagnole depuis que l’appartement qu’il louait à Leganés en Espagne a hébergé sept des principaux suspects des attentats du 11 mars. Le 3 avril 2004, ces suspects se font exploser dans l’appartement, plutôt que de se rendre. On n’a pas retrouver de trace du corps de Mohamed Belhadj. Les policiers le soupçonnent d’avoir pris la fuite dans sa famille disséminée en Espagne, en France, en Belgique et aux Pays-Bas.
Il est 6h10, mardi. Le père entend des bruits. « Bouge pas ! Ouvre la porte, sinon, on la casse ! » Bousculade, cris : une trentaine d’hommes dans la maison, le jardin, « même dans les arbres », raconte Meriem, 21 ans , la grande sœur. Le père : « Je me suis dit, c’est des voyous, une mafia. » Les policiers leur parlent d’attentat : « Tu as hébergé un terroriste, tu as préparé sa fuite. » Le frère de Mohamed A., ouvrier en Espagne, a été entendu par les policiers après les attentats, et mis hors de cause, dit la famille. Les policiers visionnent alors sous les yeux des A. une cassette dans le magnétoscope : un mariage au Maroc, en août 2000. Le fameux Belhadj, sur une image : « Pourquoi vous l’avez pas dit ? » tonnent les policiers. « C’était la première et la dernière fois que je le voyais. Je lui avais demandé de préparer du thé pour les invités », se souvient le père. Le petit dernier, 12 ans, pleure. Sacs de farine éparpillés dans la cuisine. Le commando prend d’autres cassettes, les téléphones, de l’argent, les cartes bleues, démonte le coffrage de la baignoire. Le père : « Pourquoi vous cassez tout ? » Une policière : « C’est les allocations familiales qui paient. »
« Pression ». En garde à vue, le père entend les pleurs d’Ahmed derrière la cloison. Lui entend son père tousser. On reproche à Ahmed un voyage en Espagne de trois jours avec son frère Ismaël, 18 ans, en mars 2005. Ils apportaient à leur oncle une Mercedes bleu ciel (« qu’il a toujours », précise le fils). Pourquoi une voiture ? Pour aider quelqu’un à fuir ? « Pourquoi tu fais de la boxe thaï ? A la mosquée de Comines, l’imam est comment ? Tu connais des jeunes en Afghanistan ? Si on ramène un Coran, tu vas jurer ? » Il est giflé « une dizaine de fois ». On lui montre La Voix du Nord , son nom est cité : « T’es une star » On lui promet la prison : « T’es petit, t’es une mauviette. Sous les douches, ce sera : ça va, chéri ? Tu vas te faire violer ; tu te choperas le sida. » Il finit par balbutier que son père a eu Belhadj au téléphone et l’a même hébergé. « C’était la pression ». Puis se rétracte.
Le père se fait menotter à sa chaise. Puis on lui demande de rester debout trois quarts d’heure. Le juge Bruguière ne le voit que cinq minutes. Juste avant d’être relâché, un policier aurait fait machine arrière : « Je n’ai jamais vu un aussi bon musulman que toi. Tu dis la vérité. »
HAYDEE SABERAN |
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Trois jours de garde à vue pour rien ? La voix du Nord, le 30 juillet 2005 |
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L’heure du soulagement a sonné. Hier matin, Mohamed et Ahmed Adahchour, les deux Wervicquois interpellés en début de semaine par le contre-espionnage français ont retrouvés leurs proches. Les deux hommes ont été remis en liberté à l’issue de trois jours de garde à vue, soit une journée avant la limite des 96 heures autorisées par le code de procédure pénale en matière de terrorisme.
Trois longues journées au cours desquelles les services de la Direction de la surveillance du territoire (DST) les ont entendus, cherchant à comprendre les motivations des différents voyages effectués par la famille à Madrid et en Belgique, mais aussi celles des communications passées à un oncle installé dans la capitale espagnole. Des éléments qui avaient suscité la curiosité des enquêteurs.
Marques de sympathie
Mais ces derniers, venus spécialement de Paris, n’ont visiblement pu établir aucun lien entre les deux hommes et les attentats de Madrid de mars 2004, auxquels ils étaient soupçonnés d’avoir participé.
Dès l’interpellation musclée de mardi matin, qui avait mobilisé un impressionnant dispositif policier, nombreux étaient ceux qui avaient exprimé leur stupeur à l’annonce de la mise en cause des deux hommes. Deux hommes installés dans la région depuis plus de vingt ans et qui n’ont jamais causé aucun problème. Ni les services de police locaux n’avaient d’ailleurs eu affaire à eux auparavant.
Hier matin, au domicile familial, nombreux étaient les proches venus retrouver les deux hommes enfin libres pour leur exprimer une marque de sympathie. Un proche du jeune Ahmed, traversant l’allée des Acacias en voiture, laissait éclater sa joie en criant le poing levé : « innocents ! »
« Nous attendons des excuses »
Et aux yeux de l’avocat de la famille, Franck Berton, c’est bel et bien la présomption d’innocence qui a été bafouée dans cette affaire : « Ce qui s’est passé n’est pas anodin. La police peut faire son travail. Mais j’aimerais bien savoir depuis quand, en matière de terrorisme, on interpelles des gens sous les yeux d’une agence de presse et d’une chaîne de télévision nationale, alors que trois jours après, ces braves gens sont libérés parce qu’on a rien à leur reprocher.
On leur a infligé trois jours de garde à vue épuisants au cours desquels ils n’ont presque pas dormi. Pourquoi ? Tout ça pour rien ! Nous attendons des excuse. Hors caméra, la police peut faire son travail. Mais dans cette affaire, on a porté atteinte à l’honneur et à la dignité de ces gens. Je veux savoir qui a prévenu les médias. La DST dépend du ministère de l’Intérieur. J’irai jusqu’à interpeller le ministre à ce sujet. Il y a eu viol du secret professionnel. Dès lundi, je rencontre la famille et nous entamerons des procédures judiciaires. Si les excuses doivent passer par un tribunal, nous en passerons par là. »
En attendant une contre-attaque judiciaire, la famille Adahchour, épuisée mais soulagée, n’aspire plus qu’à retrouver sa tranquillité passée, avec un nom désormais lavé de tout soupçon.
Robert LEFEBVRE |
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Hors de cause : La fin d’un cauchemar Nord Eclair, le 30 juillet 2005 |
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Il essuie dans le creux de sa main les larmes qui perlent sur son visage. Laminé.Il voudrait les retenir au fond de son cœur , par pudeur. Mohamed, 56 ans, a retrouvé l’amour des siens et la simplicité de son foyer. Il faudra du temps, beaucoup de temps, pour panser les blessures de cet homme atteint au plus profond de sa dignité.
« J’ai mal », livre-t-il. Et les mots s’entrechoquent : « Je suis arrivé en France à 22 ans, je n’ai jamais cessé de travailler, j’ai fondé une famille en essayant de lui apporter tout ce qu’il faut. Je n’ai jamais fait de mal à personne…Ni mes enfants. Nous payons pour les méchants », soupire le père de famille.
Dans son corps tout frêle, Ahmed, 20 ans, est anéanti. Assis sur la banquette du salon, il revit chaque seconde de son interpellation et de sa garde à vue : « Ils avaient des lasers quand ils sont entrés dans les chambres et nous aveuglaient. Ils m’ont menotté et ils criaient. J’avais tellement peur pour mon père. »
Douloureuse épreuve que celle de la garde à vue pour les deux hommes. Trois jours au goût d’éternité. Ahmed et son père décrivent une pression psychologique constante : « Un jour, on m’a interrogé douze heures d’affilée. On me demandait pourquoi je faisais de la boxe thaï, si j’avais fait un voyage en Afghanistan, pourquoi je n’étais pas rasé…Je n’ai quasiment pas dormi pendant trois jours. Impossible de trouver le sommeil sur cette banquette en ciment. On nous interrogeait le jour et la nuit. (…)
Ils n’y sont pas allés de main morte. Par moments, on me demande de rester très longtemps debout pour parler alors que j’étais épuisé. Ils me mettaient constamment la pression. Par moments, c’était si fort que j’aurais pu avouer n’importe quoi », explique Ahmed.
S’agissant de contre-terrorisme, on imagine que les méthodes employées par les enquêteurs sont sévères, mais jusqu’où peuvent-elles aller ? Ni la DST, ni les ministères de l’Intérieur et de la Justice n’ont donné suite à nos demandes. Secret défense oblige…
Rencontre avec le juge Bruguières
La rencontre avec le juge Bruguières est intervenue mercredi : « je l’ai vu cinq minutes, c’es tout. Il m’a dit des choses très dures : que la prison au Maroc, ce serait pire qu’ici, et que je ne tiendrai pas longtemps avec mon cœur. Ça fait mal. Je l’ai écouté et je lui ai dit : « Vous ne me ferez pas avouer quelque chose que je n’ai pas fait ! » Il est reparti ensuite » , évoque le père en faisant part d’autres réflexions qui auraient émaillé sa garde à vue. Des réflexions allant, semble-t-il, au delà des limites. L’entretien avec le fils Ahmed aurait duré une demi-heure selon lui : « Il prétendait que j’étais en contact avec Mohamed B. ; que mes parents l’avaient hébergé, c’est faux. »
Rencontré lors d’un mariage au Maroc en 2000
Le lien avec la famille de Wervicq ? Les enquêteurs ont découvert que ce Mohamed B. avait assisté au mariage d’un oncle de la famille en août 2000 auquel toute la famille wervicquoise était conviée. « Nous avons vu ce garçon une seule fois dans notre vie, à ce mariage », révèle le père. Une rencontre qui, cinq ans plus tard, fait sombrer la famille dans un cauchemar sans nom. (…)
« Que la police fasse son travail, c’est tout à fait normal : le terrorisme c’est quelque chose de très grave. Mais pas en salissant notre famille de cette façon », regrette Mohamed.
La famille voudrait au plus vite oublier ce cauchemar. Les visites des amis, des voisins, des collègues de travail, du médecin de famille et de simples anonymes sont un réconfort précieux.
Une quête a été organisée par les mosquées de Comines et d’Halluin ainsi que dans le voisinage.
Dans la famille voudrait au plus vite oublier ce cauchemar. Les visites des amis, des voisins, des collègues de travail, du médecin de famille et de simples anonymes sont un réconfort précieux. Une quête a été organisée par les mosquée de Comines et d’Halluin ainsi que dans le voisinage.
Dans la famille, chacun aspire à retrouver une vie normale. En attendant, on rapprivoise les gestes du quotidien. Ahmed espère pouvoir retrouver son travail au fast-food lundi… Plus tard, fonder un foyer avec sa « perle rare », comme il dit. Oublier. Et faire briller dans l’automne pailleté du regard paternel la fierté toute pure de celui qui n’a jamais, une seule seconde, doute de son fils.
A.D.S. |
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Interpellations de la DST à Wervicq - Le délai de garde à vue expire demain matin Nord Eclair, le 28 juillet 2005 |
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Ce matin, le père de famille et son fils devraient recevoir la visite de Maître Deswarte, la collaboratrice de Maître Berton, leur avocat. La garde à vue pourrait s’achever demain matin, sauf mise en examen. Dans ce dossier secret-défense, on sent poindre une certaine forme d’embarras.
Le père de famille, âgé de 56 ans, et son fils de 20 ans, interpellés mardi à Wervicq-Sud, étaient, toujours en garde à vue, hier, dans les locaux de la Direction de la surveillance du territoire à La madeleine. Après l’audition de l’un des fils cadets, âgé de 18 ans, mercredi matin, aucun autre membre de cette famille franco-marocaine n’a été convoqué par les enquêteurs. Le père, dont la santé est décrite comme fragile par les enfants en raison de problèmes cardiaques, aurait reçu une visite d’un médecin.
La fratrie, très éprouvée par les événements, compte beaucoup sur sa défense qui devait intervenir ce matin auprès des deux gardés à vue, en la personne de Maître Aurélie Deswarte, collaboratrice de Maître Franck Berton. Ce dernier parle de « coup médiatique ».
« C’est fou ! »
La fille aînée, âgée de 21 ans, est frappée par la quantité d’éléments réunis par les enquêteurs : « Ils sont au courant des moindres coups de téléphone, de tous nos déplacements, des visites effectuées à la famille aux Pays-Bas. Ils nous surveillent depuis un an et demi. C’est fou ! »
Et de se demander : « Pourquoi ne sont-ils pas intervenus plus tôt s’ils avaient réellement des choses à reprocher à mon père et à mon frère ? On aurait laissé deux terroristes se balader comme ça dans la nature ? »
Interrogée sur les fréquentations de son frère, la jeune femme livre sans détour :
« J’ai une confiance aveugle en mon frère. Vous avez déjà rencontré un poseur de bombe qui travaille chez McDo ? », renvoie-t-elle.
(…)
Contactée par téléphone au ministère de l’Intérieur, la Direction générale de la police nationale, dont dépend la DST, n’a pas souhaité communiquer sur cette affaire.
L’officier chargé de répondre à la presse renvoie vers le ministère de la Justice, et les juges Bruguières et Ricard. On ne sait si les juges anti-terroristes ont entendu les deux suspects.
Silence procédurier ou embarrassé ? Difficile de trancher dans cette délicate affaire de contre-terrorisme qui survient après les attentas de Londres, mais aussi après les déclarations des chefs d’Etat français et espagnol sur l’impérieuse nécessité d’une collaboration étroite entre les deux pays dans la lutte contre le terrorisme.
La garde à vue des deux Werviquois devrait s’achever demain matin, sauf éléments à charge et mis en examen. |
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